L'enseignement

« A chacun doit être accordée la liberté
de suivre son propre chemin, le seul
chemin pour lequel il est qualifié. Il
ne servira à rien de le convertir par
la force à un autre chemin. Le guru
ira avec le disciple le long de son
propre chemin et le dirigera
progressivement vers le chemin
suprême, au moment juste.
Supposez qu'une voiture roule à toute
vitesse : l'arrêter tout à coup, ou la faire
virer tout d'un coup, aurait des
conséquences désastreuses. »

 

La recherche de notre propre réalité, de notre Soi authentique est appelée dans les textes védantiques Atmâ vichâra : la recherche (vichâra) du Soi (Atman). Les connaissances et disciplines qui s'attachent à cette recherche furent transmises au cours des siècles soit oralement suivant une ligne héréditaire de gurus (guruparampara), soit à travers les textes traditionnels qui sont souvent ésotériques et d'accès difficile à I’ esprit moderne.

Ramana Maharshi défricha le chemin de tout ce qui faisait obstacle à la découverte de Soi-même, cette découverte étant le fruit de la recherche de 'soi-même', de cette certitude absolue que nous avons d'être, et qui est la substance du sentir ‘Je’, cette identité erronée, conditionnée par l’identification au corps. Tout au long de son enseignement le Maharshi a clairement établit qu'il n’y a pas deux Soi(s), l'un pour connaitre l'autre.

« La recherche de Soi n'est certainement pas une formule vide. Elle est beaucoup plus que la répétition d'un mantra quelconque. Si la recherche : « Qui suis-je ? » n'était qu'une simple question mentale elle n'aurait aucune valeur. Le but précis de la recherche de Soi est de focaliser le mental intégralement en sa source. Il ne s'agit donc pas d'un 'Je’ cherchant un autre 'Je'. La recherche n'est pas une formule vide, d'autant moins qu’elle entraîne une activité intense du mental tout entier, afin de le maintenir fermement établi dans la pure conscience qui lui est propre. La recherche de soi est le seul moyen infaillible, le seul moyen direct pour réaliser l'Être absolu, inconditionné que vous êtes réellement. Toutes les autres sâdhanas impliquent la rétention du mental comme instrument de sâdhana : le mental, ou l'égo, peut assumer des formes différentes et subtiles au cours de la pratique mais il n’est lui-même jamais détruit. L'effort de détruire l'égo, ou le mental, ressemble au voleur qui se fait passer pour un policier afin d'attraper le voleur qu'il est lui-même ! Seule la recherche de soi-même peut révéler que ni l'égo ni le mental n'existent réellement et permet de prendre conscience de l'Etre pur, indifférencié du Soi »

La recherche n'est pas un examen du contenu du mental : « Tout comme il serait futile de cataloguer les ordures que l'on doit jeter, il est futile, si l'on aspire à la prise de conscience de Soi, de classer et décrire les principes et les qualités (gunas) qui masquent le Soi au lieu de les balayer d'un seul coup. »

A propos du monde : « Si, en premier lieu, vous connaissez votre propre réalité, vous serez à même de connaitre la réalité du monde. Il est étrange que la plupart des gens ne se soucient pas de connaitre leur propre réalité, mais sont préoccupés au sujet de la réalité du monde. Réalisez d'abord votre propre Soi et voyez ensuite si le monde existe indépendamment de vous et s'il peut venir à vous et affirmer sa réalité ou existence. »

A un visiteur qui demanda la signification de la déclaration : « Le monde est irréel », Bhagavan répondit d'une manière surprenante : « Cela veut dire que le monde est réel », puis il cita une strophe sanskrite : « Le monde, perçu en tant que monde, en raison de l’ignorance est irréel, mais quand le monde est perçu au moyen de la connaissance, il est réel."

A propos du Cœur : « Je vous demande de chercher où le 'Je' s'élève dans votre corps quand en fait, ce n'est pas tout à fait juste de dire que le 'Je' s'élève et se résorbe dans le cœur, dans le côté droit de la poitrine. Le cœur est un autre nom pour la réalité et il n'est ni à l'intérieur, ni à l'extérieur du corps. Il ne peut y avoir ni d'au-dedans ni d'au-dehors puisque Cela est.  Par « cœur » je ne désigne pas un organe physiologique ou un plexus de nerfs ou quelque autre chose, mais tant que nous nous identifions à un corps, pensons que nous sommes le corps, il nous est conseillé de trouver où, dans le corps, la pensée ‘Je’ s'élève et se résorbe. Cela doit être dans le corps, dans le côté droit de la poitrine, puisque chacun -- peu importe son origine ou religion et dans n'importe quelle langue, pointe vers le côté droit de sa poitrine quand il dit 'Je' afin de s'identifier. Il en est ainsi partout dans le monde. Ce geste doit donc désigner l'endroit d'où le 'je' s'élève. En observant avec vigilance I’ émergence quotidienne, au réveil, de la pensée 'Je' et sa résorption dans le sommeil, on peut constater que c'est du cœur, au côté droit de la poitrine. »

A propos des trois états : « Il n'y a qu'un seul état : celui de la conscience ou Etre. Les trois états : veille, rêve et sommeil profond ne peuvent être réels. Ils ne font qu'aller et venir. Le réel existe de tout temps. Seul le ‘Je’, ou Etre persistant au cours des trois états est réel. Il n'est pas possible d'attribuer aux trois états tel ou tel degré de réalité. Nous pouvons expliquer cela sommairement ainsi : Etre, ou conscience, est la seule réalité. Conscience + veille est appelé 'veille', conscience + sommeil est appelé 'sommeil, conscience + rêve est appelé rêve. La conscience est l'écran sur lequel les images vont et viennent. L'écran est réel, les images ne sont que des ombres. Nous considérons que ces trois états sont réels, en raison d'une vieille habitude, et nous appelons l'état de pure conscience ‘Turiya’, le Quatrième. Toutefois, il n'y a pas de ‘Turiya’, de Quatrième état. » A ce sujet le Maharshi fit un jour la remarque que Thayumanavar écrit, dans une de ses strophes, que le dénommé 'quatrième' état est un état d'éveil dans le sommeil, ou encore est comme un état de sommeil dans la veille et que cet état est d’être endormi envers le monde et être éveillé en Soi. »

A propos du Jnâni : « Cet état de Turiya est l'état du Jnâni. Dans le sommeil profond l'égo est submergé et les organes des sens ne sont pas actifs. L'égo étant détruit, le Jnâni ne se prête pas aux activités des sens de sa propre volition ou avec la notion qu'il est un agent : le Jnâni est ainsi dans le sommeil. Mais il n'est pas dans l'inconscience du sommeil : il est pleinement éveillé en Soi - son état est donc libre de sommeil. »

A propos du Sannyas : «  A quoi cela sert-il de se retirer dans une forêt ? Vous pouvez laisser votre famille et votre travail derrière vous, mais votre mental vous suivra. Vous ne ferez que changer l'idée : ‘Je suis un chef de famille’ pour l'idée ‘Je suis un ascète’. De nouveaux attachements prendront la place des anciens. Ce qui est nécessaire est de renoncer dans le mental et de retenir seulement l'idée ‘Je suis’, et non pas ‘Je suis un chef de famille’ ou ‘Je suis un ascète’. »

A propos du Vedanta : « Les vedantins disent que le monde n'est pas réel. Cela est un malentendu car s'ils le disaient vraiment, qu’adviendrait-il du texte védantique qui déclare : ‘Tout cela est Brahman’. Tout ce qu'ils peuvent dire est que le monde est irréel en tant que monde, mais réel en tant que le Soi. »

A propos du Guru, de sa grâce, de Dieu et du Soi :

Le visiteur : « Tous disent que l'instruction d'un Guru est nécessaire mais il semble que Bhagavan ait dit qu'un Guru n'était pas nécessaire. »

Maharshi : « Je n'ai pas dit cela. Par ailleurs, Il n'est pas nécessaire que le Guru soit toujours sous une forme humaine. Une personne pense tout d'abord être inférieure et qu'il y a un Dieu, supérieur, omniprésent, omniscient, qui contrôle la destinée du monde et la sienne. Elle vénère Dieu, éprouve de l'amour (bhakti). Quand cette personne a acquis la maturité nécessaire pour la réalisation, ce même Dieu qu'elle a vénéré, vient à elle en tant que Guru et la guide. Le Guru vient seulement pour lui dire : ' Dieu est en vous-même. Plongez intérieurement et réalisez. Dieu, le Guru et le Soi sont une seule et même chose. »

« Quand on cherche pour qui est la réalisation du Soi, l'individualité s'efface et l'idée erronée que le Soi n'est pas encore réalisé est dissipée : c'est cela qui est la grâce du Guru. Le Guru ne peut que dissiper l'idée erronée que le Soi n'est pas réalisé.  Il lui est impossible, tout autant qu'à Dieu d'accorder la réalisation. Prier en vue d'obtenir la réalisation est demander : 'Donne-moi moi, à moi-même !' La perception erronée que l'on est un individu s'élève en raison de l'identification au corps et par conséquent, de l'autre perception erronée que le Guru est un individu différent de soi-même, quand en réalité le Guru n'est autre que le Soi."

« Toutes les actions, peu importe leur nature, donnent naissance à de nouveaux asservissements. C'est pourquoi il est dit dans Ozhivil Odukkam que le Guru qui prescrit de nouvelles actions, soient-elles rites ou sacrifices, à celui qui vient vers lui en vue d'obtenir la paix, est tout à la fois Brahma et Yama envers ce disciple, car il ne fait que créer nouvelles naissances et morts. »