La montagne Arunachala

‘Arunâchala’ est le nom qui provoqua une vive émotion dans l'esprit du jeune Vénkaterâman. C'est à Arunâchala qu'il se rendit immédiatement, à la suite de la réprimande de son frère aîné et c'est à Arunâchala qu'il passa le reste, de sa vie.

La montagne est depuis des temps immémoriaux considérée comme l'un des lieux les plus sacrés de l’Inde. La sainte montagne est, parmi les ‘Lingas’ des cinq éléments, le Linga de feu (Teja Linga); elle est aussi appelée le Kailas du sud et est plus ancienne que le mont Kailas. Les évidences traditionnelles et géologiques montrent qu'elle existait bien avant l’Himalaya. Il est dit qu'elle est contemporaine de la formation de la croûte terrestre et un vestige de la Lémurie. On dit aussi que la montagne fut dans l'antiquité un volcan à présent éteint. Son altitude, est de 865 mètres, sa circonférence de base de 12 kilomètres et elle est traditionnellement parcourue pieds-nus, en signe de vénération ou en appel à la grâce divine. Ce circuit de la montagne est appelé ‘Giripradakshina’.

Le Maharshi le fit bien souvent avec ses compagnons dévoués. La marche se prolongeait quelquefois plusieurs jours.

La montagne est glorifiée dans ‘Arunâchala Mahatmyam’ (‘La Grandeur d'Arunâchala’), un texte composé par le sage Badaryana Vyâsa. L'œuvre comprend 37 chapitres, consistant en 2060 strophes et est incorporée dans le ‘Maheshwara Kanda’, ce dernier étant lui-même incorporé dans une œuvre en sanskrit, le ‘Skanda Purânam’. Les fidèles de Shiva considèrent la montagne comme Sa forme qui accorda la connaissance vraie à Vishnu et à Brahmâ. Les fidèles de Vishnu la considèrent comme le disque (sudarsana) sous forme de montagne projeté par Vishnu sur Durvasa qui avait insulté Ambarisha, un de ses fidèles. Pour les shâktas la montagne est la forme de la déesse Tripurasundari, la divinité du Sri Chakra, le diagramme composé de 43 angles. Les fidèles de Ganapathi, de Kumara, les sauras, et ceux des autres religions pour lesquelles le Feu représente Dieu, rendent hommage à cette montagne. La grandeur d'Arunâchala y est décrite sous forme d'un dialogue entre Nandi et Markandéya (Arunachala Mahatmyam, par Ishwara Swamigal, en tamoul, traduit en anglais et publié par Sri Ramanasramam).

Ramana Maharshi en traduisit quelques strophes qui furent placées en tête des Œuvres Réunies, en guise de préambule.

Il est raconté, dans Arunâchala purana, que dans des temps très anciens une querelle s'éleva entre Brahmâ et Vishnu, l'un et l'autre se proclamant le plus grand et le plus puissant.

Cette dispute sema le chaos dans l'univers et les devas implorèrent Shiva de mettre fin à leur rivalité. Shiva se manifesta alors sous forme d'une colonne de Feu qui frappa d'étonnement les deux adversaires. Une voix s'en éleva, annonçant que le plus grand et le plus puissant sera celui des deux qui découvrira soit la base, soit le sommet de la colonne. Vishnu prit immédiatement sa forme de sanglier et se mit à creuser la terre tandis que Brahma se transforma en cygne et s'envola dans les airs. Des millénaires s'écoulèrent sans que ni l'un ni l'autre ne puisse atteindre le but. Epuisé et désemparé, Vishnu pria Shiva de le ramener à son point de départ. Pendant ce temps Brahma volait toujours plus haut quand il vit une petite fleur blanche qui tombait des cieux. Il la cueillit au passage et lui demanda d'où elle venait. La petite fleur, la fleur thazhampu au parfum si délicat, répondit qu'elle venait du sommet de la colonne et qu'elle ne savait plus depuis combien de temps elle tombait. Elle fut d'accord pour témoigner que Brahma avait atteint le but. Brahma gonflé d’orgueil prit le chemin du retour. Il dut faire face à la colère de Shiva qui lui déclara que son culte ne serait plus rendu sur terre.

Quant à la fleur thazhampu, elle fut bannie des cultes à Shiva (une petite fleur sauvage pousse sur la montagne, on dit que c'est la fleur thazhampu, son parfum défie les descriptions).

Il est à noter que si les temples dédiés à Vishnu sont nombreux, ceux dédiés à Brahma sont rares. En réponse aux prières de Brahmâ et Vishnu la colonne de feu se contracta sous forme, de la montagne Arunâchala.

Le thème de cette querelle revient souvent dans la littérature du sud de l’Inde et le Maharshi y fit souvent appel. Dans cette légende Vishnu représente l'intellect, Brahma l'égo et la colonne de feu la pure conscience.

Dans la seconde strophe de son poème ‘Le Collier de Neuf Gemmes à Arunâchala’, Ramana Maharshi révèle la signification du nom sanskrit ‘Arunâchala’ de la montagne, tandis qu’au court d'une conversation et à la demande de Sauri Naggamma, il expliqua le nom tamoul de la montagne ‘Annâmalai’ : ‘Cela qui ne put être atteint par Brahmâ et Vishnu est anna. Anna veut dire 'qui ne peut être atteint' (malai = montagne).

Cela signifie que c'est la personnification de la Lumière (jyothi) qui est au-delà de la pensée et de la parole. Telle est l'explication du nom.’

Un visiteur dit ensuite que la montagne a une forme. Bhagavan expliqua:" Quand Brahma et Vishnu virent Cela, Cela ressemblait à une colonne de Lumière enveloppant tout l'univers. Ce n'est que plus tard que Cela apparut sous forme de montagne, qui est le corps physique (sthûla sârira) d'Ishwara. La Lumière,Tejas, est le corps subtil (sûkshma sârira). 'Subtil' désigne la luminosité (tejas) qui remplit l'univers tout entier. La réalité est Cela, qui est au-delà de ces corps."

Un vieil adage préservé dans un sloka dit : « Voir Chidambaram, naître à Thiruvarûr, mourir à Bénarès assure la libération, tandis que celle-ci est obtenue par la seule pensée d’Arunâchala ».

Trois festivals sont célébrés annuellement dans toute l'Inde et plus particulièrement à Tiruvannāmalai. Arudrâ Darshan, en décembre-janvier (le mois de Margazhi), qui commémore entre autre la manifestation de Shiva sous forme de la colonne de feu et correspond aussi au jour de la naissance du Maharshi, attire une grande foule.

'Mahâ-Shiva-rathri (la grande Nuit de Shiva), en février-mars (le mois de Panguni), qui commémore le jour où Brahmâ et Vishnu vénérèrent Arunâchala) et Kârthikaille, en novembre / décembre (le mois de Kârthikaille). Ce festival dure dix jours et attire des milliers de pèlerins. C'est dans la soirée du dixième jour qu'un grand feu de beurre fondu apporté par les pèlerins est allumé au sommet de la montagne. Ce feu commémore, selon le purâna, le jaillissement d'une lumière au sommet de la montagne quand, dans les temps anciens, Shiva accorda la moitié de son corps à Parvati. Cette forme combinée Shiva-Shakti est vénérée sous le nom de Ardhanareshwara et représente l'unité de l'Immuable et du Dynamique.