Quelques strophes éparses

Quelques Strophes Eparses

 

Une méprise   (S.V.3)

 

Celui qui se prend pour le corps,

qui transforme en immondice

de la pure nourriture,

doit être considéré pire

que le cochon qui se nourrit d'ordures.


 

La  nature de l'amour envers Dieu (S.V.4)

 

L'attention fixée sur Soi-même,

cela seul est l'amour suprême

envers Dieu, car Dieu est

intimement le Soi.

 

Paix - Puissance   (S.V.5)

 

Ce qui est paix (shanti) au regard intériorisé

est puissance (shakti) au regard extériorisé.

Ceux qui réfléchissent intensément

comprennent que les deux sont un.

 

Aveuglement (S.V.7)

 

Seul le Libéré peut libérer les êtres ;

tout autre est un aveugle

aidant un autre aveugle sur le chemin.

 

Epitaphe à Lakshmi (OCC.V.16)

 

« Lakshmi  tint une place unique dans  l'ashram. Génisse, elle avait été offerte à Sri Ramana avec sa mère. Elle grandit et donna  de nombreux veaux, bien souvent pour l'anniversaire de Bhagavan. Elle avait l'habitude de venir d'un pas majestueux vers Bhagavan et quelquefois le léchait. Il lui offrait des fruits et friandises. La tendresse qu'il éprouvait envers elle était frappante. Un soir, tandis qu'il  lui offrait des fruits, il me dit que bien qu'elle soit sous une forme animale, elle comprenait tout ce qui  lui  était dit. Dans cette strophe il déclare sans ambiguïté qu'elle obtint la  libération. » (GVS p. 179).

 

Le vendredi 5 du mois âni,

le douzième jour de la lune ascendante,

sous la constellation vishâkame[1]

en l'année Sarvadhâri[2]

fut le jour de la libération

de la vache Lakshmi.

 

Vishnu

 

Muruganâr composait un poème de trois strophes afin de glorifier Vishnu au moyen des trois instruments : action, parole, et pensée. Il demanda à Bhagavan de composer la troisième strophe. Muruganâr ayant conclu les deux premières strophes par les mots : « Qui suis-je pour faire ? » et « Qui suis-je pour dire ? », Sri Ramana termina sa strophe de la même manière :

 

Quand l'intégrité décline

et quand la violence domine,

Tu T'élèves afin d'y mettre fin

et afin que prospèrent la vertu

et les vertueux.

Qui sommes-nous pour concevoir Ta Forme

O Maya, Protecteur du monde[3] !

 

 

Quelques strophes  traduites du sanskrit en  tamoul par Sri Ramana à  la  demande de l'un ou de l'autre et suivant l'occasion   :

 

La Feuille (occ.v. 14)

 

Le corps est abandonné par le Connaisseur du Soi
tout comme la feuille après le repas.

 

Sri Bhagavan expliqua : « Dans un livre tamoul, 'Prabhulîlalinga', cette idée est exprimée dans un quatrain. J'ai pensé qu'il serait bien de le condenser en deux lignes. L'exemple de la feuille qui a servi pour le repas est souvent donné. Aussi bien qu'une feuille soit préparée, elle n'est utile que jusqu'à la fin du repas; qui y prêtera ensuite attention ? Elle est immédiatement jetée. » (L/R 1-123)

 

C'est encore la  coutume en Inde de prendre son repas sur une 'assiette'   en feuilles  cousues  ensemble ou sur une seule grande feuille.

 

Bhagavad Gîta ch.IV, 22, (S.V.6)

 

Débarrassé de toute envie, d'humeur égale,

comprends que celui qui a dépassé la dualité

n'est pas lié[4] bien qu'agissant.

 

Panchadasi II, 3 9  (S.V.8)

 

Questions et réponses ne sont

que des paroles qui présupposent

cette dualité, elles n'ont pas

de place dans la non-dualité.

 

Mândûkya Upanishad (Karika de Gaudapada 11,32), (S.V.9)

 

Il n'y a ni création ni dissolution,

ni servitude ni libération,

ni aspirant faisant des efforts

vers la libération.

Sache que telle est l'ultime vérité.

 

Deux strophes extraites du Bhagavatham (Râma Gîta, skanda XI, ch.10, 26)

 

Un visiteur demanda  quelle est  la  différence entre un jivanmukta et un videhamukta. Bhagavan répondit:

 

« Un jnani avec un corps est un jivanmukta; il atteint videhamukti quand il quitte le corps. Nous considérons le jnani comme une forme humaine ou comme étant dans cette forme, mais le jnani sait qu'il est le Soi, la seule réalité, qui est tout ensemble intérieure et extérieure, et n'est limitée par aucune forme. »

 

Puis il cita  la  strophe ci-dessous   (D/D 9.1.1946) :

 

Tout comme l'homme ivre ne sait pas

s'il porte un vêtement ou non,

le jnani conscient du Soi,

n'est pas conscient du corps,

que ce dernier soit actif ou au repos,

ou qu'en raison du prarabdha, il adhère

à lui ou le quitte.

Le corps est éphémère.

 

Sri Ramana remarqua  au sujet du contenu de cette  strophe :

 

« A vrai dire, cette exposition n'est pas entièrement correcte. En fait le jnani  n'a pas même le désir de se débarrasser de son corps. Il demeure indifférent envers l'existence ou la non-existence du corps car il n'en est que plus ou moins conscient. » (RBR, p.148).

 

Sri Bhagavan découragea toujours le penchant pour les siddhis, les pouvoirs occultes, car ceux-ci sont une déviation dangereuse du chemin qui mène à  la prise de conscience de Soi-même. Un jour (mai 1944), il cita une strophe de Rama Gîta à cet effet et la  traduisit en  tamoul :

 

« Le prestidigitateur illusionne le monde mais au moins il ne s'illusionne pas, tandis que le siddha, ô mon fils, s'illusionne lui-même et aussi le monde ! Quel spectacle extraordinaire ! »

 

Cause et Effet (Shiva Jnâna Bôdha, strophe 1)

 

Puisque ce monde, qui consiste en tous les genres -

mâle, femelle, neutre et le reste -

est perçu et considéré comme un effet

sache que selon les Sages

cet Agent de création est Hara[5],

Celui qui détruit et recréé le monde.

 

  

 



[1] Vishakame est la seizième constellation, sous le signe de la Balance. La date correspond au 18 juin 1946.

[2] 'Support de  tout '. Dans 'Letters from Sri Ramanasramam',  Sauri Nagamma raconte de nombreuses anecdotes  touchantes sur Lakshmi et son association avec Sri Ramana, qui un jour raconta : « A l'époque, il n'y avait pas de cloche dans le réfectoire. Nous ne savons pas par quel moyen mais tous les jours à un moment précis, elle se présentait devant moi. Nous regardions la pendule pour constater que c'était l'heure juste du repas ».

[3] Vishnu est 'maya' en raison des activités mystérieuses qu'Il déploie pour maintenir le monde.

[4] pris  dans  le piège des  actions.

[5] Hara : épithète de Shiva signifiant 'Le Destructeur'. Shiva Jnâna Bodha est un court texte de l'école du Shaïva Siddhânta, grandement répandu dans le sud de l'Inde.

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