La Chanson de l'Appallame

La Chanson de l'Appalame[1]

(Appal'ame Pâttu)

 

Introduction

 

Sri Ramana raconta : « Quand mère vint me joindre à Virupaksha, nous ne faisions aucune cuisine le soir. Si Echamma ou quelqu'un d'autre apportait de la nourriture, mère prenait son repas, rinçait les plats et se couchait; c'était tout. Un jour elle pensa qu'elle n'avait rien de spécial pour moi et se rappela que j'étais très friand des appallames. Elle décida que ce serait une bonne idée d'en faire et, étant experte dans cette préparation, elle ne put résister à son désir. Sans même me consulter, elle demanda à grand-mère Mudhaliar et d’autres maîtresses de maison de se procurer les ingrédients et de préparer la pâte. Un jour, en fin d'après-midi, elle sortit, annonçant qu'elle descendait au bourg. Curieux de savoir où elle allait, je me tins silencieusement sous l'arbre, qui à l'époque, se trouvait devant l'entrée de la grotte. Mère pensait que j'ignorais tout de son projet. Elle descendit et de maison en maison recueillit les ingrédients dans une grande marmite, puis remonta à la grotte. Je continuai à faire comme si je ne savais rien. Elle déposa la marmite avec grand soin dans un coin, et attendit que tous les visiteurs soient partis. A la tombée de la nuit, je pris mon repas comme d'habitude, m'allongeai, et fis semblant de dormir. Mère sortit le rouleau, la planche, la farine, les boules de pâte et commença à rouler les appalames. Il y avait assez de pâte pour en faire au moins deux à trois cents et il était bien évident qu'elle ne pouvait pas terminer la tâche par elle-même. Or, je savais rouler les appalames ! Mère murmura : « Aide-moi, s'il te plait, mon garçon. » C'était l'opportunité que j'attendais. Je voulais arrêter tout cela à temps. Je dis : « Tu es venue ici et a renoncé à tout, n'est-ce pas ? Alors pourquoi tout ceci. Tu devrais te contenter de ce qui nous vient de soi-même. Fais-les pour toi-même; je n'en mangerai pas et ne t'aiderai  pas. Elle demeura silencieuse quelques instants puis reprit : « Qu'est-ce que tu me racontes-là mon petit ? Je t'en prie, aides moi tout de même un peu. » Je demeurai inflexible. Elle m'appela encore plusieurs fois. Voyant qu'il ne servirait à rien de discuter, je dis : « C'est bien. Tu fais ces appalames et j'en ferai d'une autre sorte. C'est alors que je composai la chanson de l'appalame.

re avait l'habitude de chanter la chanson du riz, celle de la sauce et bien d'autres, toutes à saveur védantique. Il me vint à l'esprit que puisque personne n'avait jusqu'à présent composé une chanson sur l'appalame, il serait approprié d'en composer une et que mère, étant férue de chansons, pourrait bien en ajouter une à son répertoire. Quand elle eut terminé de rouler les appalames ma ritournelle aussi était prête. Je dis à mère : « Je mangerai cet appalame et toi ceux que tu as préparés. » Cela se passait en 1914 ou 1915. »

 

Sri Ramana raconta aussi comment, au cours d'un' circuit autour de la colline, il expliqua la ballade de l'appalame et ajouta : « L'essence du vedanta est incorporée dans cette chanson ».

La Chanson De L'Appalame

 

Refrain (a)            

Prépare cet appalame,

savoure-le, fais la comparaison

et à tes désirs mets ainsi fin.

 

 Refrain (b)

Au lieu de tourner en rond,

déprimé dans ce monde,

prépare cet appalame

selon l'incomparable, insurpassable,

unique Mot exprimé sans un mot

par Sadchidananda, le Sadguru,

pour révéler la Réalité.

 

1.       Dans la meule à main -

la recherche de la connaissance « Qui suis-je ? »,

mets les lentilles noires décortiquées -

l'identification (erronée) de Soi-même[2],

qui prospère dans un champ qui n'est pas Soi-même -

celui des cinq gaines[3].

Ecrase-les et en fine farine réduis-les

afin que 'Je' ne soit plus.

Prépare cet appalame,

au lieu de tourner en rond ...

 

2.       A cela ajoute:

le jus de la vigne à tige carrée[4]satsang,

l'association avec ceux qui se connaissent.

Des graines de cumin - sama,

la tranquillité.

Du poivre - dama,

le contrôle des sens.

Du sel - uparati,

le renoncement aux actions motivées.

L'ase fétide - les nal vasanas,

les bonnes tendances du mental

et mélange le tout.

Prépare cet appalame,

au lieu de tourner en rond.

 

3.       Sur la pierre à broyer - ‘Je’, ‘Je’[5], -

le mental endurci,

pétris la pâte, sans agitation et sans te lasser,

au moyen du pilon - antarmukham,

le mental intériorisé.

Sur la planche - samana

équanimité

à l'aide du rouleau -  shanti

sérénité,

Prépare cet appalame ...    

au lieu de tourner en rond ...

avec enthousiasme, sans cesser et sans fatigue.

 

4.       Dans la friteuse sans bornes

dont la forme est le Mauna mûdra[6],

chauffe à point sur le Feu-connaissance

ce pur beurre clarifié qu’est Brahman.         

Fais frire l'appalame de telle sorte

que 'Je’ soit Cela pour toute éternité.

Prépare cet appallame ...

au lieu de tourner en rond ...

et savoure le Soi, Toi-même au naturel[7],

et à tes désirs met ainsi fin.

 

 

  

 

 



[1] Appalame : appelé ainsi aunpays tamoul et pappadam au Kerala. Galette très mince, faite de lentille noires décortiquées et autres ingrédients. La galette, une fois séchée, est plongée dans la friture au moment de servir; elle est parfaitement ronde et croustillante. Elle est consommée au cours du repas auquel elle ajoute beaucoup de saveur. Les maîtresses de maison en préparent un grand nombre et en font frire au fur et à mesure des besoins. Ceci explique pourquoi Azhagu, la mère du Maharshi avait une telle quantité de pâte.

[2] Variante: l'attachement au corps, sous forme du sentir 'Je’.

[3] Le corps.

[4] Pirandaille : l'arbrisseau cissus quadrangularis.

[5] Les vasanas.

[6] Geste rituel de la main qui indique l'état de Silence.

[7] Variante: Savoure le Soi dans sa nature de Soi.