Cinq Quatrains sur l'Unicité du Soi

Cinq  Quatrains   Sur  l'Unicité   du Soi

(Ekâtma  Panchakam )

 

Introduction

 

Ce poème est le dernier ouvrage du Maharshi. Il fut composé en 1947 à la requête de Sauri Nagamma qui, au cours d'une conversation tournant  autour des différents styles de poésie dans une langue et dans une autre, l'exhorta à composer des venbâs en télougou. Sri Ramana refusa, expliquant qu'il aurait à créer un nouveau mètre pour la langue télougou et qu'il ne connaissait pas les règles de composition dans cette langue. Néanmoins, Sauri Nagamma ayant plaidé sa cause avec grande conviction, les cinq quatrains furent composés en télougou deux jours plus tard. Le Maharshi les composa ensuite en tamoul, sous forme de venbas qui reçurent le titre Ekâtma Panchakam  (Les Cinq Quatrains sur l’Unicité du Soi) et selon son habitude, il convertit les cinq quatrains en un kali venbâ qui fut alors appelé Ekâtma Vivékam (Le Discernement de l'Unicité du-Soi).

Il est à noter que dans ce poème Sri Ramana se moque de la recherche de soi-même, le chemin qu'il enseigne de préférence à tout autre, et compare le chercheur à un homme ivre, désorienté en raison de la confusion de son esprit, confusion qui n'a aucune raison d'être en ce qui concerne le chercheur avisé.

 

Prologue[1]

 

Avec grande bonté, notre Maître Ramana nous fit tout d'abord don des cinq quatrains sur l'unique Soi[2]. Plus tard, afin de faciliter la récitation de ses dévots ardents, il unifia ces quatrains en un excellent kali venba : Le Discernement sur l'Unicité de Soi-même[3].

 

 

Texte

 

1.       Ayant oublié ce que l'on est,

- prenant un corps pour Soi-même

et assumant d'innombrables naissances -

prendre enfin conscience de Soi-même

et être Soi-même,

est comparable au réveil d'un rêve

de pérégrinations de par le monde !

 

2.       Compare-le à un homme ivre,

qui se demande qui il est et où il est,

celui qui, bien qu'il ne cesse d'être

Lui-même, le Soi, se questionne :

«Qui suis-je ? » et « D'où suis-je ? ».

 

3.       Celui qui pense  être à l'intérieur

de ce corps inerte quand en réalité

le corps est en Lui-même

- Sat-Chit-Ananda - est comparable

à celui qui pense que l'écran

- le support du film - est

contenu dans les images.

 

4.       Un joyau peut-il exister

séparément de l'or

- sa substance (vastu)[4] ?

De même, hors Soi-même

le corps peut-il exister[5] ?

Celui qui pense être le corps

est un ajnani. Le Jnani,

qui sait qui il est,

prend le corps aussi en tant que Soi.

 

5.       Le Soi est l'unique chose (vastu)

qui éternellement Est et Brille

de sa propre Lumière.

Quand, dans les temps anciens,

le Guru originel[6] révéla cette chose

par l'éloquence sans paroles,

qui  peut, dis-moi, faire cette révélation

par la parole ?

 

Epilogue[7]

 

Guru Ramana, dont la Forme vraie

est l'Unique Soi-conscience,

chanta ce poème de cinq quatrains

afin de rendre claire la vérité

de l'unicité du Soi et d'éliminer

dès maintenant, chez les bhaktas ardents,

l'identification 'Je suis le corps'.

 

 

  

 

 



[1] Composé par Muruganâr pour le kali venba.

[2] Ekatma Panchakam.

[3] Ekatma Vivekam, une variante de ce titre est Ekatma unemaille (La Vérité sur l'unique Soi).

[4] Variante: « Un joyau peut-il être autre que l'or - sa substance (sa réalité) ? »

[5] Variantes : « Séparément de Soi-même, le corps peut-il exister ? » ou bien « Autre que le Soi, le  corps   peut-il exister ? ». Voir quatrain 17, les Quarante Quatrains.

[6] Dakshinâmûrthi.

[7] Composé par Muruganâr, en conclusion des cinq quatrains.