Supplément aux Quarante Quatrains

Supplément aux Quarante Quatrains

(Anubhandham)

 

Note :

Les strophes qui suivent proviennent de diverses sources sanskrites, que le Maharshi traduisit en tamoul, bien souvent à la demande de l'un ou de l'autre de ceux qui l'approchaient en vue d'obtenir des éclaircissements sur le texte. La source de la strophe est indiquée aussi souvent que possible.

 

Invocation (Jnanavasishta)

 

Ce en quoi tous ces mondes existent,

à qui ils appartiennent,

de quoi ils s'élèvent,

et pour qui ils existent,

ce par quoi tous ces mondes viennent

à l'existence,

et ce qu'ils sont réellement,

Cela seul est la Réalité - Le Vrai (Satya : Brahman).

Puissions-nous garder cette vérité

dans le cœur.

 

Texte

 

Bhaja Govinda - Shankarâchârya

1.       Satsang[1], l'association intime

avec ceux qui connaissent la réalité,

met fin aux attachements[2].

Ces attachements n'étant plus,

les attachements[3] du mental

disparaissent aussi. Ceux dont le mental

perd ainsi l'attachement, se perdent

dans l'état de tranquillité absolue,

et obtiennent la libération

dès cette vie même (jivanmukti).

Chéris la compagnie des Jnanis.

 

Ramana Maharshi ajouta ce conseil :

 

« Satsanqa signifie sanqa, association avec Sat. Le Soi n'est autre que Sat. Jusqu'à ce que cela soit connu, on doit rechercher la compagnie d'un sage qui a acquis cette connaissance; cela est satsang. L'intériorisation en découle. » Le Soi est alors révélé. (T 283)

Un fidèle se plaignit auprès de Ramana qu'il n'avait pas de telle compagnie chez lui. Ramana lui donna la réponse réconfortante qu'il lui était possible d'avoir satsanq avec ses livres et ses photos. (d/P Ouly 1983 p.156)

 

2.       Cet état[4] que les Vedas  nomment

l'état transcendant, et qui est obtenu

ici même[5] au moyen de la recherche intérieure

soutenue, inspirée par l'association

avec les sadhus, ne peut être obtenu

d'un instructeur n'ayant qu'une connaissance

livresque des textes sacrés, ni par la seule

compréhension de ces textes, ni au moyen

d'actions méritoires, ni par quelque autre

pratique.

 

Le Maharshi : « Sat est aham pratyaya saram : le Soi des soi(s). Il est immanent en chacun. Peut-on demeurer sans le Soi ? Il s'en suit que personne n'est privé de satsang. » (T 482)

 

3.       Pourquoi toutes ces observances

si l'on a la bonne fortune d'obtenir

la compagnie des sadhus ?

A-t-on besoin d'un éventail

quand la brise du sud souffle,

plaisante et rafraîchissante ?

 

Cette strophe fut traduite en tamoul pour une adolescente, Chellama, qui avait l'habitude de jeûner et de pratiquer bien d'autres disciplines. Un jour qu'elle montait à la grotte Virupaksha elle trouva sur son chemin un morceau de papier sur lequel était imprimée une strophe en sanskrit. Elle la montra à Bhagavan qui s'empressa de la traduire car, elle répétait le conseil qu'il lui avait donné la veille. (L/R II-60)

 

4.       La chaleur est dissipée par la lune,

la pauvreté par Kalpaka, l’Arbre céleste,

et les fautes commises, par les eaux

du Gange tandis que le tout est effacé

par le seul darshan des saddhus[6],

les Sans-pareils.

 

Srimad Bhâgavatam

5.       Vois ! L’eau lustrale des tirthams,

et les représentations des Divinités,

qui sont faites de terre ou de pierre,

n’accordent la pureté qu’après

bien longtemps, et ne peuvent donc

soutenir la comparaison

avec ces Grandes-Ames, car c’est

immédiatement que le regard des Saddhus

accorde la pureté.

 

6.       Le Maître : Qui est Dieu ?

Le disciple : Celui qui connaît le mental.

Le Maître : Qui connaît le mental ?

Le disciple : C'est moi-même, la conscience individuelle, qui connaît le mental.

Le Maître : Par conséquent, tu es Dieu puisque les shrutis déclarent que Dieu est Un.

 

Eka sloka prakaranam

7.       Le Maître : Quelle est ta lumière ?

Le disciple : De jour c'est le soleil, dans l'obscurité, une lampe.

Le Maître : Quelle est la lumière qui connaît ces lumières ?

Le disciple : C'est le mental.

Le Maître : Quelle est la lumière qui connaît le mental ?

Le disciple : Je  suis cette lumière.

Le Maître : Tu es donc la lumière de toutes les lumières.

Le Maître ayant ainsi parlé, le disciple prit conscience d'être Cela.

 

8.       Au centre de la grotte-du-cœur,

Lui seul, Brahman brille non-duel, immédiat

en tant qu'Atman - « Je » - « Je ».

Soit par le souffle et le mental

plongeant ensemble, soit par l'attention (manas)

plongeant en elle-même, atteins le Cœur

et sois établi en Atman.

 

Le Maharshi: « En 1915, Jagadisha passa la saison du chathurti avec nous à Skandashram. Un jour il écrivit sur un morceau de papier: 'Hridaya kuhara madhya' puis s'arrêta. Je lui demandai de quoi il s'agissait, et il me répondit qu'il voulait composer un sloka, mais qu'après l'avoir commencé il ne pouvait le terminer. Je lui dis alors d'essayer de composer le reste, mais il ne le put en dépit de tous ses efforts. Las, il partit après avoir déposé le papier sous mon siège. J'avais terminé le sloka avant son retour, et écris en dessous 'Jagadish'. Je lui montrai le sloka dès son retour. Il me demanda pourquoi j'avais signé son nom, et je lui répondit que c'était parce que Jagadisha l'avait commencé. »  (L/R - 11,42)

Une étude approfondie de cette strophe par J. Jayaraman fut publiée dans ‘The Mountain Path’ (july 1988 p.143) dans laquelle sont prise en considération les compositions tamoul, malayalam et télougou, toutes trois également du Maharshi, qui s'éclairent les unes les autres. La traduction ci-dessus est celle de la composition tamoule.

 

Devikalottara,  str.46[7]

9.       Sache que le Soi est la conscience pure

et immuable qui brille dans le lotus-du-cœur

sous forme de ‘Je’ (aham). C'est cette conscience

qui, mettant fin à l'ego (ahamkara)[8],

accorde la Libération.

 

10.    Tel une cruche, le corps (deham)

est inerte puisqu'il ne brille pas

en tant que « Je » (Aham[9]) -

il ne peut pas être « Je » (naham) puisque

dans le sommeil profond, où il n’est pas[10],

nous faisons quotidiennement l'expérience

de notre existence (nature).

« D'où l'ego (ahamkara)  jaillit-il et

qui est-il (koham) ? » Dans la grotte-du-cœur

de ceux qui en ont connaissance, Arunagiri,

Shiva, le Seigneur omniprésent-omniscient

brille par Lui-même en sphurana "Je suis Lui" (soham).

 

Il semble qu'un fidèle ait écrit sur un morceau de papier le mot sanskrit deham (corps) qui fut l'inspiration de cette strophe composée en 1927. Le Maharshi : «  Les trois formules sont ainsi :

·         Na-aham    (pas ’Je’)

·         Ka-aham      (qui ‘Je’)

·         Sa-aham       (Lui-‘Je’)

Omettez les préfixes et ne retenez que le dénominateur commun : aham - « Je », qui est l'essence du sujet en question. » (T 448 & D/D 23/1/1946. Voir 'Le Chant à la Louange de la Connaissance de Soi', str.5).

« Au cours de la conversation, Sri Bhagavan dit que ce n'est qu'après son arrivée à Arunachala qu'il apprit l'existence du pranayama, et que la description du Jnana pranayama - Naham (pas ‘Je’), Koham (Qui suis-je ?), Soham (Je suis Lui) est sa propre description. Il ajouta que même Soham doit être transcendé, puisque cela aussi serait une vritti (pensée). Des milliers de Textes sont venus à l'existence afin d'expliquer ce qui peut être dit en un mot." (GVS p. 58)

 

11.    Seul est né pour tous les temps

celui qui, en cherchant avec sollicitude[11]

‘ Qui est né et d'où il est né’

naît en Brahman, sa source. Il est un Mounishan

éternellement frais et nouveau !

Cherche ainsi.

 

12.    Cesse de t'identifier au corps,

qui est méprisable,

et prend conscience de Toi-même,

qui est Joie ineffable toujours sans fin.

S'efforcer de prendre conscience de Soi-même

tout en chérissant le corps périssable

équivaut à se saisir d'un crocodile

pour traverser la rivière.

 

Les quatre premières lignes ont été composées par le Maharshi, auxquelles il ajouta les quatre dernières lignes, qui sont la traduction d'un sloka extrait de 'Vivekachudamani’.

 

13.    Sache que mettre fin à la conviction

d’identification : « Je suis le corps »[12]

est en soi-même charité, austérité,

oblation, devoir, union avec Dieu,

dévotion, paradis, prospérité, paix,

véracité de paroles, grâce, l'état de Silence,

'la Mort qui n'est pas mort’, connaissance,

renoncement et le Bien-Etre ineffable

de la Libération.

 

Cette strophe se déroule en parallèle à la tradition, par laquelle un aîné confère seize mérites à un enfant qui se prosterne à ses pieds au cours d'une cérémonie de présentation. Ramana Maharshi nous assure ici que l'élimination de l'identification au corps accorde les mérites des seize pratiques  qui nous sont généralement recommandées dans la poursuite de notre recherche, et énumérées dans la strophe. Dans la version malayalam, la liste des pratiques indiquées correspond plus précisément aux quatre poursuites dans lesquelles tout être humain doit s'engager: dharma (charité, etc.), artha (acquisition légitime de richesses),  kama (jouissance de plaisirs vertueux) et moksha (libération).

 

14.    « A qui sont les actions (karmas),

l'absence de dévotion (vibhakti),

l'état de séparation (viyoga)et

l'ignorance (ajnana) ? » Cette recherche

est, en elle-même, Karma, Bhakti, Yoga

et Jnana : cherchant ainsi, la réalité,

qui est libre de 'Je', demeure

seule.

 

15.    Les activités des énergumènes qui,

ne sachant qu'ils sont eux-mêmes mus

par l'énergie divine (shakti),

se démènent et déclarent : « Acquérons

tous les pouvoirs occultes (siddhis) »,

sont comparables à celles de l'estropié

qui se vantait : « Si seulement quelqu'un

m'aidait à ma tenir debout,

C'en serait fini des adversaires ! »

 

16.    Puisqu'il est établi que seule la sérénité

imperturbable du mental est libération,

explique-moi comment ceux dont le mental

est sous le joug des pouvoirs occultes (siddhis)

- qui ne peuvent être obtenus

sans activité mentale, pourraient s'absorber

dans la béatitude de la libération,

- qui est cessation absolue

des activités mentales !

 

17.    Quand Dieu porte le fardeau du monde,

les efforts du jiva, une entité fictive,

pour le porter sont comparables à ceux

de la sculpture du temple (gôpuram tanegui).

Réfléchis : à qui la faute si le voyageur

dans le train qui transporte un lourd

fardeau, souffre de porter son bagage

sur la tête, au lieu de la poser par terre ?

 

Les tours des temples dans le sud de l'Inde sont appelées gôpuram. La partie supérieure du gôpuram est le vimanam, le chariot céleste, qui semble être supporté par une figure humaine grimaçante sous le poids (tanegui). L'expression gôpuram' tanegui est passée dans la langue courante pour désigner toute personne qui a une appréciation immodérée de soi-même.

 

Ashtanga Hridayam : un ancien traité malayalam  d'anatomie et physiologie. Ce texte se trouve aussi dans la Sita Upanishad.

18.    Entre les deux seins,

dans la partie inférieure de la poitrine,

au-dessus de l'estomac,

il y a six choses de couleurs variées.              '

Une d'entre-elles, à deux doigts

vers la droite, ressemble à un bouton

de lotus: cette chose est le Cœur[13].

 

19.    Sa face est inversée.

A l'intérieur de son orifice minuscule

résident, l'obscurité profonde

et les désirs. Tous les nadis majeurs

dépendent de Lui, C'est le siège

de l'énergie vitale (prana),

du mental (manas) et de la

lumière de la conscience.

 

Le Maharshi : « Le cœur, l'organe physique, se trouve à gauche, personne ne nie ce fait. Mais, le cœur dont Je parle n'est pas physique et se trouve à droite. C'est mon expérience et je n'ai besoin de faire appel à aucune autorité. Néanmoins, cela est confirmé dans un texte de médecine ayurvédique en malayalam  et aussi dans la Sita Upanishad. » (T. 4)

 

Jnanavasishta (ainsi que les strophes 21, 22, 23 et 24)

20.    C'est la Divinité qui brille

dans la grotte-du-cœur sous forme

de « Je », qui est adorée en tant que

Guheshan[14]. Si par la force de la

pratique quotidienne de l'attitude

méditative « Je suis Lui » (soham),

sous forme de « Je suis ce Guheshan »,

tu peux demeurer en tant que cette

Divinité aussi inébranlablement

que la conviction « Je suis ce corps »

adhère au corps périssable, alors,

telle l'obscurité devant le soleil levant,

l'ignorance s'évanouira.

 

21.    A Rama qui demandait : « Dans quel vaste

miroir tout apparaît-il en face[15],

en tant qu'images réfléchies, et

qu'est-ce qui est glorifié comme

le cœur de tous les êtres de l'univers ? »

Vasishta Mouni  répondit : « Quand profondément

considéré, le cœur de tous les êtres

du monde est de deux sortes.

 

22.    Ecoute la description de ces deux cœurs :

celui qui est digne d'être chéri

et celui qu'il est bon de rejeter.

Garde présent à l'esprit que l'organe

appelé le cœur situé dans un espace

particulier dans les limites du corps,

à l'intérieur de la poitrine, est celui

qui doit être rejeté, tandis que

le cœur dont la forme est pure conscience

est celui qui doit être chéri. Ce cœur

n'a ni intérieur ni extérieur bien qu'il soit

tout ensemble intérieur et extérieur.

 

23.    C'est le cœur par excellence.

En Lui tout ce monde existe.

C'est le miroir pour toute chose.

C'est la demeure de toute richesse.

C'est pourquoi il est déclaré

que le cœur de tous les êtres

est cette conscience, et non pas

un petit organe situé à l'intérieur

du tronc du corps périssable

et inerte tel une pierre.

 

24.    Par conséquent, par la pratique (sadhana)

de plonger le mental dans ce Cœur,

qui est pure conscience, la destruction

des vasanas et le contrôle du souffle

sont accomplis spontanément.

 

Devikallotara - str.47 (Voir str.9)

25.    A l'aide de la méditation constante,

ininterrompue, dans le cœur :

«  La conscience ‘Je’, libre de toute

surimposition, est ce Shivam »

efface tous les conditionnements

du mental.

 

JnanaVasishta (et strophe 27)

26.    Ayant examiné la nature

des différents états[16], joue dans le monde,

ô héro, toujours étreignant dans le cœur

l'unique état qui transcende l'ignorance[17].

Puisque tu as connaissance

de ce qui, dans le cœur, est le substratum

de toutes les apparences, joue dans le monde,

ô héro, comme il te plaira sans jamais

te départir de cette perspective[18].

 

27.    Sans donner prise au moindre attachement,

joue dans le monde, ô héro,

avec un mental feignant l'enthousiasme

et la joie; feignant l'anxiété

et la haine; feignant l'initiative

et l'effort. Libre des liens

innombrables de l'ignorance,

joue dans le monde, ô héro,

accomplissant les actions  

que l'occasion demande.

 

28.    Lui seul est le connaisseur de Soi

qui a conquis les sens et

est établi en Etre-Conscience.

Proclame-le ainsi : il est

le Feu-connaissance (jnanâgni) ;

il est Celui qui détient

le Diamant-connaissance[19].

Lui, le héros qui a transcendé le temps,

est Celui[20] qui infligea la mort

à Yama.

 

JnanaVasishta

29.    Sache que l'épanouissement radieux,

l'intelligence, la vitalité et les

talents, se déploient spontanément

chez les connaisseurs de la Réalité,

tout comme les arbres de la terre

se parent de beauté et de bien

d'autres qualités à la venue du printemps.

 

JnanaVasishta

30.    Tel celui dont le mental est absent,

bien qu'écoutant une histoire,

celui dont les vasanas sont effacées[21]

n’agit pas, bien qu'agissant. Par ailleurs,

celui dont le mental est imprégné

de vasanas agit, bien que n'agissant pas,

tel celui qui bien qu'immobile gravit

une montagne dans un rêve et tombe       

dans un précipice.

 

31.    Les activités, l'absorption et le sommeil

du Jnani, qui dort dans le corps de chair,

- la charrette, sont comparables

aux mouvements de cette dernière,

à son arrêt et à son dételage,

pour celui qui dort dans la charrette.

 

Kunju Swami raconta : « Une nuit nous faisions le tour de la montagne avec Bhagavan, quand deux ou trois charrettes bien chargées nous dépassèrent sur la route. Les occupants étaient allongés, profondément endormis, libres de tous soucis. Les montrant, Bhagavan dit : ‘Voyez-vous ? Cela ressemble à l'état naturel (sahaja hishta). Les trois états - veille, rêve et sommeil profond, se ressemble pour le Jnani - le Soi qui dort dans le corps. Prenons cet exemple : la charrette roule, l'homme dans la charrette dort: cela est comparable aux activités du corps du Jnani. Supposons que l'homme continue à dormir quand la charrette s'arrête en atteignant sa destination, soit déchargée puis les bœufs dételés: cela est comparable au sommeil du Jnani. Le corps est pour lui la charrette: qu'elle soit en mouvement, à l'arrêt ou dételée, l'homme ne cesse de dormir.’ » (l/R 31.11.1947; M/G p.9)

 

Un visiteur:" Que désigne l'expression : 'être dans le sommeil sans être endormi ?’ »

Le Maharshi : «  C'est l'état du Jnani. Dans le sommeil profond l'ego est submergé et les organes des sens ne sont pas actifs. Le Jnani, pour qui l'ego a été éliminé, ne se complaît pas volontairement dans les activités sensorielles ni dans l'idée qu'il est un agent. Il est donc dans le sommeil, sans être toutefois inconscient, comme dans le sommeil, mais pleinement conscient dans le Soi. Son état n'est donc pas le sommeil. Cet état de 'sommeil-éveillé’ (jagrat-sushupti), ou tout autre nom que l'on puisse lui donner, est le quatrième état, turiya : le Soi sur qui, comme sur un écran, les trois états veille, rêve et sommeil profond se déroulent sans que l'écran en soit affecté. » (D/D 21/11/1945)

 

32.    A ceux qui examinent la nature

des trois états: jagrat (veille),

swapna (rêve) et sushupti (sommeil profond),

il est dit que l'état de jaqrat-sushupti

(sommeil-éveillé), qui transcende les trois

autres, est turya (le quatrième).

Puisque les trois états ne sont

que des apparences[22], et puisque,

par conséquent, seul turiya est réel,

turiya est turiyâtîta : l'état

au-delà  de  turiya.

 

Variante:

L'état de sommeil éveillé (jagrat sushupti),

qui transcende les trois états dont

nous faisons l'expérience : veille,

rêve et sommeil profond, est appelé

le quatrième (turiya).

 

33.    Dire que sanchita et agamya n'adhèrent

plus au jnani, tandis que prarabdha

demeure[23], n'est qu'une manière de

répondre à ceux qui posent des questions.

De même que chacune des trois épouses

est veuve au décès de l'époux,

les trois karmas  s'éteignent à la

mort de l'agent[24].

 

Ramana Maharshi : Certains affirment que même le Jnani est soumis au prarabdha. La question des fruits des actions nouvellement accomplies au cours de cette vie même, au cours du prarabdha, se pose donc. Ils répondent que ces actions sont comme des graines grillées qui ne peuvent plus germer et qui ne sont bonnes qu'à être consommées. La question de ses mérites et démérites se pose donc aussi. Ceux qui glorifient le Jnani prennent part à ses mérites, tandis que ceux qui le  diffament prennent part à ses démérites. (GVS p.55; voir aussi Devikalotara, str.84)

 

34.    Sache que les enfants,

la femme et les parents constituent

l'unique famille des non-érudits

tandis que des familles innombrables

- les livres, font obstacle

au yoga dans le mental des érudits !

 

35.    A quoi sert-il d'avoir étudié

les lettres[25], à ceux qui n'ont pas

l'intention d'effacer les lettres[26]

par la recherche : « D'où sommes-nous

nés, nous qui connaissons les lettres ? ».

Ils n'ont fait qu'acquérir la nature

du gramophone[27]. Dis-moi,

ô omniscient Sonagiri, que sont-ils

d'autre !

 

36.    Plutôt que ceux (dont le mental)

n'est pas apaisé[28], bien que lettrés,

ce sont ceux sans savoir qui sont sauvés.

Ils sont sauvés de l'emprise de ce

démon qu'est l'orgueil; ils sont sauvés

de la maladie des mots

et des tourbillons de pensées;

ils sont sauvés de la course

aux honneurs. Sache que ce n'est pas

d'une seule affliction

qu'ils sont sauvés!

 

Sadashiva Brahmendra

37.    Quand bien même ils aient renoncé

aux trois  mondes[29], telle une paille,

et connaissent Vedas et Vedanta

sur le bout des doigts, il est difficile

à ceux qui sont sous le joug

de la flatterie, la vile courtisane,

de se libérer de sa tyrannie[30].

 

38.    Qu'importe ce qui est dit et par qui,

que ce soit louange ou critique,

à celui qui, dans le Soi s’est établi, dans

son état naturel, sans la moindre

échappée : il n'a pas conscience

de la dualité 'moi' - 'les autres’

 puisque tout est Lui-même[31].

 

Cette strophe est attribuée s une œuvre mineure de Sankarâchârya : Tattvapadesha (str. 87)

39.    Chérie toujours la non-dualité

dans le cœur, mais ne l'exprime jamais

dans l'action. La non-dualité,

ô mon fils, peut être appliquée

envers les trois mondes[32],

mois jamais envers le Guru.

 

Ramana Maharshi gronda un fidèle qui faisait de nombreuses prosternations et autres signes de révérence. Le fidèle dit alors : « On dit que l'attitude non-duelle ne doit pas être exprimée envers le Guru même si elle peut être exprimée envers les trois mondes. » Le Maharshi répondit : « L'attitude advaïtique ne veut pas dire que vous ne devez pas faire de namaskars, etc. Toutefois cela ne doit pas être pratiqué à l'excès. L'advaïta devrait être une attitude intérieure, une disposition de l'esprit qui n'est  pas applicable extérieurement, envers les affaires du monde. On vous demande de considérer toute chose d'un œil égal (sama drishti). Néanmoins pouvez-vous prendre la même nourriture que le chien ? Une poignée de graines est suffisante pour un oiseau mais est-ce suffisant pour vous ? Nous consommons une certaine quantité de nourriture mais sera-t-elle suffisante pour un éléphant ? Vous devez pratiquer l'attitude advaïtique menta­lement, tout en vous conformant au monde dans les autres domaines. (L/R 1,41)

 

40.    ‘Je’ (Aham[33]) révèle l'essence

de l'accomplissement final (siddhânta)

de l'entier Vedanta :

sache que quand ‘Je' (aham[34]) meurt

ce qui demeure est l'expérience

de Cela[35] en tant que « Je »[36],

dont la forme est pure conscience[37].

 

 

 

 


[1] Satsanq (sanskrit), dans le texte innakham (tamoul) : compagnie intime, union.

[2] Les attachements envers les choses du monde.

[3] Les vasanas qui nourrissent les attachements extérieurs.

[4] L'état de tranquillité absolue mentionnée dans la strophe précédente.

[5] Dès cette vie même.

[6] Ici, les Jnanis.

[7] Ramana Maharshi traduisit cette strophe deux fois. Bien que les deux versions soient légèrement différentes le thème central reste le même.

[8] L’identification au corps.

[9] « Puisqu'il n'a pas la conscience ‘Je’. »

[10] Il n'y a pas de conscience corporelle dans le sommeil profond, donc pas d'identification conscience-corps.

[11] En employant un mot qui implique l'amour, la tendresse, le Maharshi précise ici que notre recherche, qui mène à la connaissance (jnana), n'est pas une gymnastique intellectuelle, mais doit être poursuivie avec amour (bhakti). Le Maharshi : « Bhakti est jnana mata, la mère de jnana. ».

[12] Dehatma buddhi.

[13] Voir Le Bouquet d'instructions, II-9.

[14] « Le Seigneur de la Grotte »

[15] Opposés à nous en dualité.

[16] Veille, rêve et sommeil profond.

[17] ou illusion.

[18] JnAna drishti, Var.: joue dans le monde comme si tu avais des désirs, ô héro…

[19] Indra

[20] Shiva, dans l'incident puranique qui se rapporte à Markandeya.

 

[21] Littéralement: usées par friction (voir 'Huit strophes’ str.5)

[22] Les trois états dont nous faisons l'expérience quotidiennement, vont et viennent. Seul l'écran sur lequel ils se déroulent est permanent.

[23] Afin d'être épuisé.

[24] Karthan : à la mort de l'ego.

[25] Les textes traditionnels.

[26] Selon une expression tamoule la destinée de chacun est écrite sur le front.

[27] Littéralement: 'une machine à faire du bruit', qui est la traduction tamoule pour gramophone.

[28] Var.: Plutôt que ceux dépourvus d'humilité.

[29] Brahma, Vishnu et Shiva lokas.

[30] Var. : Il est rare que ceux qui sont sous le joug de la flatterie, la vile courtisane, se libèrent de sa tyrannie.

[31] Cette strophe peut être lue selon trois approches : la description du Jnani, un avertissement aux sadhakas qui leur permet un discernement juste envers ce  qu'ils ont accompli au cours de la sâdhana dans laquelle ils se sont engagés et aussi un discernement juste envers ceux oui se proclament Jnanis.

[32] Voir note str. 37.

[33] Atman, le Soi, ou Soi-même.

[34] Ahamkara, l'ego.

[35] Brahman.

[36] Atman - Soi-même.

[37] Et non le corps, avec lequel l'identification est détruite.