Les Quarante Quatrains

Les Quarante Quatrains sur la Réalité « Cela-Qui-Est »

(Ulladhu[1] Nârpadhu)

 

Introduction

 

Les quarante quatrains ne furent pas composés originalement sur un thème défini, mais chacun en réponse aux questions et doutes soulevés par des sadhakas  au cours d'une période qui couvre les années 1923 à 1927. Vers 1928, Muruganâr suggéra que toutes ces compositions, notées dans un carnet ou dans un autre, devraient être réunies afin de les sauver de l'oubli.

Muruganâr groupa alors une trentaine de quatrains (venbâs[2]) dans lesquels la réalité (ulladhu, Cela-qui-Est) était discutée et, afin de suivre l'antique, tradition littéraire tamoule de traiter un sujet dans le cadre de quarante quatrains[3], il demanda à Sri Bhagavan de composer les quatrains nécessaires pour amener leur nombre à quarante. Quand cela fut fait Muruganâr, et d'autres, rejetèrent un bon nombre de quatrains sous prétexte qu'ils n'étaient pas conformes au sujet exposé. Une fois de plus et avec la complaisance qui lui était habituelle, Ramana Maharshi composa les quatrains qui lui étaient demandés. L'ouvrage ainsi constitué fut appelé ‘Ulladhu Nârpadhu’, 'Quarante quatrains sur Cela-qui-Est'.

Les quatrains qui avaient été rejetés, auxquels furent ajoutés des slokas extraits de Yoga Vashishta et autres ouvrages en sanskrit, traduits en tamoul par Sri Ramana au bénéfice des chercheurs qui ne connaissaient pas le sanskrit, une trentaine de strophes en tout, constituèrent 'Ulladhu Nârpadhu Anubandham’,  'Le Supplément aux Quarante Quatrains’. Plus tard leur nombre fut aussi amené à quarante.

Sri Ramana observa que la récitation des quatrains posait des difficultés de mémorisation à ceux qui les chantaient quotidiennement en sa présence. En conséquence, il convertit les quarante quatrains en Kali-venba, afin d'établir une harmonie continue dans la récitation, qui est faite sur une mélodie bien définie, en accord avec la nature du texte.

Le venba est un style de versification tamoule dans lequel le rythme, l'assonance et le mariage de certaines consonnes avec certaines voyelles jouent un rôle considérable.

On dit de cette forme de versification, que bien que la plus difficile, est néanmoins la plus répandue et la plus estimée. Le Kali-venba  est obtenu par l'addition à la fin de chaque quatrain d'un ou plusieurs mots qui fournissent un point de repère, et facilitent la récitation du texte. Le Kali-venba des quarante quatrains, non seulement aide la récitation, mais aussi clarifie la signification de chaque quatrain, éliminant ainsi les doutes qui pourraient s'élever en raison de la concision du texte.

Au sujet des quarante quatrains, le Professeur K. Swaminathan dit : «  Le but de l'ouvrage n'est pas d'établir une théorie d'ontologie ou d'épistémologie, mais de transmettre au moyen d'énonciations claires et simples et de pratique constante, l'expérience de l'unicité en tant qu'absence totale d'ego et présence de l'Etre-conscience. Les disputes doctrinaires étant le fruit de l'ego, qui est la source et l'origine de la multiplicité des doutes et des conflits, sont à éviter. Le ­mental est fermement tourné intérieurement et plongé dans la pure conscience, non-objective, la base d'où la perception du monde s'élève et disparait. ‘Cela qui Est’ est cette conscience sans nom et sans forme, « Je Suis », toujours présente. Il nous est conseillé de nous en souvenir, de la retenir et d'apprendre à nous y fondre. Reconnaissant notre propre être dans l'Etre de cette conscience, nous devons nous y soumettre en toute humilité, y plonger et y faire Un. Cette idée que l'homme est un partenaire égal, mais plus passif, nourriture plutôt que consommateur, dans la rencontre qui est félicité d'union, est constamment soulignée. La recherche de la vérité de la première personne, soi-même, provoque une prise de conscience qui révèle que cette première personne n'a pas d'existence en tant qu'entité indépendante, et que les trois personnes brillent en tant qu'une. Cette identité avec tous les êtres, sous forme d'une seule et unique conscience est la condition normale de la vie. » (R/PI p. 93-94)

 

Deux quatrains de préface accompagnent le texte. L’auteur du premier n’est pas connu. Le second quatrain, qui ne manque certainement pas d'humour, fut composé par Muruganâr pour le Kali venba. Ils résument ce qui est expliqué ci-dessus.

 

1.     Le noble Ramana énonça avec précision

les quarante quatrains sur la réalité

- Cela-qui-Est (Ulladhu) -

avec joie en réponse à Muruganâr

qui lui demandait de révéler

la nature de la réalité et le chemin

d'union qui libère de l'irréalité

du monde.

 

2.     Après avoir proclamé

l'unicité de la réalité

dans le cadre de quarante quatrains,

Sri Ramana les convertit en un

parfait Kali venba afin que l'unicité

soit acceptable, même pour ceux

qui déclarent que la réalité n'est pas

Une mais multiple!

 

A la demande de nombreux fidèles qui ne connaissaient pas le tamoul, le Maharshi composa ensuite les quarante quatrains en télougou puis en malayalam. Ganapathi Mouni traduisit les quatrains en sanskrit. Cette traduction reçut le titre ‘Sat Darshana’ et est chantée quotidiennement, ainsi que d'autre textes classiques, dans le Hall qui abrite le Samâdhi du Maharshi. Toutes les compositions de ce dernier y sont aussi chantées régulièrement. Sri Ramana traduisit son premier quatrain de Bénédiction en sanskrit, aussi sous forme d'un venba. « Cette traduction est extrêmement remarquable, non seulement parce qu'elle est en venba, cette forme de versification si difficile, mais aussi parce qu'elle suit, pour ainsi dire, mot à mot l'original en tamoul. » (M/P July 1984 p.148)

Le texte s'ouvre avec deux quatrains de bénédiction qui dévoilent la réalité "Cela-qui-Est" (Ulladhu), le sujet des quarante quatrains, et énoncent le chemin qui mène à la prise de conscience de notre propre réalité, soit au moyen d'une recherche intérieure, soit par la soumission à Dieu.

Le premier quatrain établit l'unicité Etre-conscience (l'unicité de l'Etre dont l'être est conscience).

« Ce quatrain, ouvré dans le plus pur tamoul, affirme sans équivoque l'unicité de l'Etre, de la conscience et du Cœur. Il chérit la racine tamoule UL, commune à l'être, à la pensée, au cœur et à l'espace intérieur, tous associés à une unité plénière, indivisible. Le verbe UL (Etre), qui n'admet ni  passé ni futur, ni masculin, ni féminin, est répété huit fois. le mot Ullam (cœur) trois fois, Ullu (penser), trois fois et Unarvu (sentir), deux fois. Par le son, la suggestion et l'énonciation explicite, le quatrain tout entier entraîne le mental vers l'intérieur, au cœur même de l'Etre-conscience. » (R/M p.91)

« Bhagavan lut cet article de C.S. Baci, publié dans 'Vision’ : Dans la grammaire de Dieu il n'y a pas de nombres mais le singulier; pas de genre autre que celui qui est commun à tous; pas d'autre temps que le présent; pas de personnes mais la Première. » (GVS p.104)

Dans le second quatrain de bénédiction, tamoul et sanskrit se joignent pour célébrer l'immortalité gagnée par les sadhakas qui, saisis par la peur de la mort, s'en remettent à l'immortel Grand-Seigneur (Maheshan). L'attention intensément tournée vers Lui, le 'Je'-ego s'efface pour faire place à l'identité authentique et par conséquent immortelle. La soumission de soi, dans laquelle la distinction 'moi-Lui’ persiste, est l'étape finale de l'amour envers Dieu (bhakti). Quand cette distinction disparaît, l'état de parabhakti  est atteint. Cet état n'est autre que pure conscience. (M/P July 1983 p.153)

 

« Quelle est la nature de la réalité ?

La réalité doit être toujours réelle.

La réalité n'a ni nom ni forme mais

elle est leur base. Elle est sans

limites mais la base de toutes limites.

La réalité n'est pas asservie. Elle est

réelle et la base de l'irréel. La réalité

est ‘Ce-qui-Est’, comme elle est. Elle est

au-delà de la parole, des expressions

telles que l'existence et la non-existence. »

 

« Cela seul est réel qui existe de soi-même,

qui se révèle par soi-même et qui est

éternel et sans changement. » (M/G p. 91)

 

Bénédiction

 

1.     Indépendamment de la réalité

- Cela-qui-Est (Ulladhu),

la conscience peut-elle être[4] ?

Puisque la réalité Est, dans le cœur (ullam)

- au-delà de la pensée,

elle est appelée Cœur.

Qui peut, et comment, méditer sur la réalité,

- le Cœur ?

Demeurer dans le Cœur - comme II Est,

est la vraie méditation[5].

 

2.     Les âmes hautement accomplies

qui sont saisies intérieurement

par une peur profonde de la mort

prennent refuge aux Pieds de Maheshan[6],

le Seigneur non né, immortel.

S'étant ainsi soumis à L'Eternel,

et ainsi morts à eux-mêmes, ils sont

immortels. Peuvent-ils encore

penser à la mort !

 

Note :

« J'avais l'habitude de méditer dans la présence de Bhagavan. Quand j'atteignais une certaine étape j'étais envahi par la peur. Je questionnai Bhagavan à ce sujet. Certaines personnes présentes dans le Hall à ce moment-là, pas Bhagavan bien sûr, m'assurèrent que c'était invraisem­blable et même absurde. En fait, ils se moquèrent de moi et de ma stupidité. Bhagavan n'en fut pas amusé et expliqua que c'était l'ego qui, voyant qu'il perdait son emprise, se sentait mourir et tout naturellement en éprouvait du ressentiment. Bhagavan me demanda : « A qui est cette peur ? Tout cela, est dû à l'habitude que nous avons d'identifier le corps à Soi ». Des expériences répétées de séparation de cette idée nous familiarisent avec cet état, et la peur cesse auto­matiquement. Plus tard, certains parmi les railleurs vinrent me voir secrètement et me dire qu'eux aussi avaient eu le même ennui et voulaient savoir ce qu'il fallait faire. La méthode enseignée par Bhagavan est la seule et unique réponse. Chercher celui qui éprouve la peur, passer derrière et aller droit au témoin. La peur cessera. » (SRFI p.47)

 

Le Texte

 

1.     Puisque nous, dont la nature est de voir,

voyons le monde[7], l'acceptation

d'un principe primordial (mudhal)             

ayant le pouvoir (shakti) d'apparaître

en tant que formes multiples,

est unanime. Le film du monde :

les noms-formes (nâma-rupa),

le percevant, l'écran déployé

et le rayon de lumière focalisé[8],

ne sont autres que Lui, ce Principe même.

 

2.     Toutes les écoles de pensées énoncent,

en premier lieu, trois principes :

le monde, Dieu et les créatures.

Déclarer qu'un seul principe apparaît

en tant que trois principes

ou que les trois principes sont

irrévocablement trois principes,

n'est possible qu'aussi longtemps

que l'ego (ahamkara) subsiste.

Demeurer dans l'état qui nous est naturel

-  ‘Je' ayant été aboli - est le principe primordial[9] !

 

Note :

« Les différentes écoles de pensée étaient l'objet  de la discussion, les unes disant qu'il n'y a que la réalité, les autres qu'il y a trois entité éternelles, telles le monde, Dieu, et les créatures (jaqat. jiva, Ishwara). Ou encore Dieu, les créatures et les liens d'asservissements (Pati. passa, passane). Bhagavan expliqua, non sans humour: 'Il n'est pas juste, de dire que les advaïtins ou l'école de Shankara nient l'exis­tence du monde ou qu'ils disent qu'il n'est pas réel; le monde est beaucoup plus réel pour eux que pour les autres ! Leur monde existera toujours tandis que le monde des autres écoles de pensée a une origine, un déploiement, une désintégration et ne peut par conséquent être réel. Les advaïtins disent que le monde, en tant que monde, est irréel mais qu'en tant que Brahman il est réel. Tout est Brahman, rien, autre que Brahman existe." (D/D 7.4.1946)

 

3.     Le monde est réel

- c'est une apparence illusoire.

Le monde est conscience - il ne l'est pas[10].

Le monde est félicité - il ne l'est pas.

Pourquoi tant de discussions futiles !

La connaissance de Soi,

cet état qui est libre de 'Je',

et par conséquent de 'un’ et de 'deux’[11] etc.

qui est atteint  par le renoncement

au monde[12] est chéri de tous.

 

4.     La nature de ce qui est vu peut-elle

être différente de celle de l'œil ?

Si nous sommes une forme

- Ie corps physique -

le monde et le Suprême seront de même.

Toutefois, qui peut voir leur forme,

et comment, si nous ne sommes pas une forme ?

Le Soi est l'Œil, l'Œil illimité[13].

 

Note :

Le Maharshi : « Regardez avec l'œil physique et vous voyez le monde; regardez avec l'Œil de connaissance : tout est vu en tant que la plénitude de Brahman. le Soi. » (D/D 21/11/1945)

«  Si vous vous concevez comme ayant une forme, si vous pensez que vous êtes limité par le corps et qu'étant à l’intérieur du corps vous ne pouvez voir qu'au moyen des yeux, Dieu et le monde vous apparaîtront aussi en tant que formes. Si vous réalisez que vous êtes sans-forme, que vous êtes illimité, que vous seul existez, que vous êtes l'Œil, l'Œil infini, qu'y a-t-il à voir autre que l'Œil infini ? Autre que l'Œil il n'y a rien à voir. Espace, temps et percevant sont nécessaires pour la perception d'un objet. Mais si seul le Soi est, il est tout à la fois percevant, perçu et au-delà de la perception." (D/D 18/4/1946)

 

5.     Si nous analysons, le corps est une

forme composée de cinq  gaines (koshas).

Chacune de ces cinq gaines est

par conséquent implicite

dans le mot 'corps'.

Indépendamment du corps, le monde

existe-il ? Consentiriez-vous à dire

que sans un corps, quelqu'un ait vu

un monde[14] ?

 

6.     La forme du monde qui est perçu

ne consiste en rien d'autre

que des cinq perceptions sensorielles,

lesquelles sont obtenues

au moyen des cinq organes des sens.

Toutefois, c'est le seul mental qui,

au moyen de ces organes des sens,

perçoit le monde. Peut-on dire

qu'indépendamment du mental

le monde existe ?

 

Note :

Le quatrain précédent dit que sans le corps le monde ne peut pas être perçu. Dans ce quatrain le raisonnement passe du corps (organes de perception) au mental (perception).

 

7.     Bien que le monde qui est devant nous

et le mental[15] s'élèvent et se retirent

ensemble, c'est uniquement par le mental

que le monde brille. Le Tout indivis (purnam),

la base de l'apparition et de la

disparition du monde et du mental,

qui brille spontanément, sans lever

ni coucher, est  la réalité.

 

8.     Bien que ce soit un chemin pour chacun,

de voir cette réalité

sous un Nom et dans une Forme,

en offrant le culte à quel que soit

le Nom ou la Forme, puisque c'est possible,

néanmoins, il faut comprendre

qu'ayant cherché intérieurement la vérité

de notre propre être,

s'absorber et s'unir à l'Etre vrai

est véritablement 'Voir’ !

 

Note :

« L'unique réalité est Sat, la plénitude de la pure conscience qui brille sans cesser, libre de lever et de coucher et dans laquelle nous avons conscience du monde, de son lever et de son coucher. C'est cette conscience sans nom et sans forme, cet Etre infini, nue nous essayons de connaître en offrant le culte à des aspects de cet Etre sous un Nom et dans une Forme. Cependant nous ne pouvons connaître cette Réalité que par l'expérience. Reconnaissant notre propre être dans l'être de cette conscience, nous devons nous y soumettre humblement, nous y absorber et nous y unir. Celui qui offrait le culte et la Forme divine à qui le culte était offert doivent disparaître dans la joie ineffable de l'union. » (R/M p.93)

 

9.     L'existence des couples d'opposés

et des triades[16] - semblables

au bleu du ciel, dépend toujours d'un 'un'[17].

Si, avec un regard intériorisé,

on cherche cet 'un', ils disparaissent.

Seuls ceux qui voient ainsi sont les

Voyants de la réalité.

Ils ne sont jamais perturbés,

Vois ainsi !

 

10. Sans  ignorance - aussi  dense

que  l'obscurité,   il  ne  peut  y  avoir

de connaissance[18], de même que sans

connaissance, il ne peut y avoir d'ignorance.

« A qui sont cette ignorance et connaissance ? »

Cherchant ainsi leur base, soi-même[19]

est connu. Seule cette connaissance

est connaissance.

 

11. Connaître tout ce qui est autre,

sans se connaître soi-même[20]

- le connaisseur des objets connus,

est ignorance. Comment cela pourrait-il

être connaissance ? Quand soi-même,

la base de la connaissance

 et de l'ignorance, est connu,

connaissance et ignorance prennent fin.

 

12. Cette connaissance qui connaît[21],

n'est pas connaissance vraie.

Seule la connaissance qui est totalement

libre de connaissance et d'ignorance

est connaissance vraie.

Le Soi est connaissance vraie,

puisqu'Il brille sans un autre

par qui être connu, et sans un autre

à connaître. Sache que ce n'est pas

un vide[22].

13. La conscience plénière, Soi-même,

est réelle. La connaissance (jnana)

de la multiplicité est ignorance (ajnana).

Par ailleurs, cette ignorance n'a pas

de réalité propre, puisqu'elle ne peut

exister indépendamment de Soi

- la connaissance vraie.

La variété des ornements n'a pas

de réalité propre : diriez-vous

qu'elle existe en dehors de la réalité

de l'or ?

 

Note :

« C'est un axiome de l’advaita que cela seul est réel qui ne fut jamais né, qui ne cessera jamais d'être  et que les choses temporelles ne sont pas réelles, puisqu'elles n'ont pas d'existence indépendante. Pour expliquer ceci, l'analogie de l'or et des ornements faits d'or nous est donnée. Les ornements ne sont que des noms-formes en or. Ils viennent à l'existence quand ils sont façonnés et cessent d'exister quand ils sont fondus.  Il est correct et nécessaire de faire une distinction entre les noms-formes et la substance, étant donné que cette dernière subsiste de tout temps : avant le façonnage des ornements, et après la fonte des ornements. De plus, c'est l'or «qui existe dans ces formes quand les ornements semblent exister. » (M/P July 1983 p.151)

 

14. Si la première personne

‘Je' suis le corps existe[23],

les deuxième et troisième personnes

existent aussi. Quand la première personne

scrute sa propre existence,

cette première personne périt.

Les deuxième et troisième personnes

cessent aussi d'exister.

La première personne qui brille alors

est le Soi - l'unicité qui est

notre état naturel.

 

Note :

Dans ce quatrain, Ramana Maharshi explique comment la recherche de soi-même met fin à l'identification au corps, le mode d'existence qui s'exprime par le sentir ‘Je' (la première personne) et donne lieu aux deuxième et troisième personnes (lui, elle, vous, eux). La première personne est le mode subjectif d'existence, et les deuxième et troisième, le mode objectif. Ce qui demeure n'est pas un espace vide mais l'unicité Etre-conscience qui est la toile de fond de toute la manifestation.

La recherche de Soi (atma vichara) est le chemin qui conduit à la connaissance de Soi (atma jnana), selon les textes traditionnels. Ramana Maharshi rétablit l’antique chemin, en précisant que la connaissance de Soi est obtenue par la recherche de soi-même, la mise en question de soi-même, la conscience conditionnée, et par conséquent limitée, vécue et exprimée par le sentir 'Je’.

Un visiteur : « Quand on cherche intérieurement 'Qui suis-je ?' qui est-ce ? ».

Le Maharshi : « C'est l'ego, c'est aussi l'ego qui se livre à la recherche (vichara). Le Soi n*a pas de vichara, c'est l'ego qui cherche et c'est aussi l'ego qui est cherché. En conséquence de la recherche, l'ego cesse d'exister et la prise de conscience s'élève que seul le Soi existe. » (D/D 21.11.1945)

« Tandis qu'en anglais (ceci est valable pour le français aussi) nous parlons de deuxième et troisième personnes, nous parlons plutôt, dans la langue tamoule, de 'places’ étant donné qu'en essence toutes les personnes sont une Personne. ‘Je’, la première personne qui parle, 'vous’, la personne à qui l’on parle et 'elle, lui et eux’, les personnes dont on parle, peuvent occuper trois différentes places mais elles ne sont, pas des personnes totalement différentes. Tous les êtres sont un seul Etre. En tamoul la fonction des pronoms personnels s'adresse à des 'places’ différentes plutôt qu'à des personnes différentes." (M/P 1988, p.198, Professeur K. Swaminathan)

 

15. Le passé et le futur ne peuvent

subsister que relativement au présent

puisqu'eux aussi ont été et seront

le présent  lors de leur déroulement.

Par conséquent, seul le présent existe.

S'efforcer de connaître le passé

et le futur sans connaître la réalité

du présent - qui est vécu continuellement,

c'est s'efforcer  à compter

sans tenir compte du 'un’.

 

Note :

Le Maharshi : « La difficulté pour chacun de nous est que nous voulons connaître le passé : ce que nous fûmes, et aussi ce que nous serons dans le futur. Nous ignorons tout du passé et du futur, mais nous connaissons le présent et savons que nous existons maintenant. Hier et demain ne sont que des références à aujourd'hui. Hier fut appelé aujourd'hui dans  son temps et demain sera aujourd'hui, demain. Aujourd'hui est toujours présent. Ce qui est toujours présent est l'Etre pur qui n'a ni passé ni futur. Pourquoi ne pas faire l'effort de découvrir la nature réelle du présent et de l'Etre, qui est toujours présent ?" (D/D 3.1.1946)

 

16. Quand ils sont soumis à l'investigation,

où sont le temps et l'espace

indépendamment de nous ?

Si nous sommes le corps,

nous serons pris dans le filet

du temps et de l'espace.

Mais sommes-nous le corps ?

Puisque nous sommes 'un' [24]

- maintenant, alors et toujours,

cet 'un' dans l'espace -

 ici, là et partout,

nous sommes la réalité,

la conscience constante[25],

au-delà du temps et de l'espace.

 

Note :

Visiteur : « Vous dites que le Soi est présent en tout temps et en tout lieu. Où exactement est ce ‘Je’ ? »

Le Maharshi : « Quand je vous dis que vous êtes présent en tout temps et en tout lieu, et que vous me demandez où ce ‘Je’ est, c'est comme si vous me demandiez, quand vous êtes à Tiruvannāmalai, où est Tiruvannāmalai. Puisque vous êtes partout, où devez-vous chercher ? La confusion vient du sentiment que vous avez d'être le corps. Quand vous vous libérez de cette méprise, ce qui demeure est votre Soi, Vous pouvez chercher une chose qui n'est pas avec vous mais où est la nécessité de chercher quelque chose qui est toujours avec vous ? La conscience ‘Je suis’ est toujours là, peu importe que vous l'appeliez atman ou paramatman, ou par quelque autre nom. Il n'est pas nécessaire de chercher ce ‘Je’ qui est le Soi; ce Soi pénètre tout. Vous devez seulement vous débarrasser de l'idée que vous êtes le corps. » (L/R 1-73)

 

3.  

4.  

5.  

6.  

7.  

8.  

9.  

10.  

11.  

12.  

13.  

14.  

15.  

16.  

17. Pour ceux qui ne se connaissent pas[26],

aussi bien que

pour ceux qui se connaissent[27],

ce corps de chair est ‘Je’, toutefois,

pour ceux qui ne se connaissent pas,

‘Je’ est à la mesure du corps, tandis que

pour ceux qui se connaissent,

à l'intérieur du corps[28],

‘Je’ est le Soi qui brille sans limites.

Comprend que cela est la seule différence.

 

18. Pour ceux qui ne se connaissent pas

aussi bien que

pour ceux qui se connaissent,

le monde qui est en face est réel, toutefois,

pour ceux qui ne se connaissent pas

la réalité du monde

est à la mesure du monde tandis  que

pour ceux qui se connaissent

la réalité du monde

est le substratum qui resplendit[29]

sans limites.

 

19. Ceux qui n'ont pas de discernement (viveka)

ne connaissent pas l'origine

de la destinée et du libre-arbitre

- qui sont essentiellement différents,

et discutent pour savoir

lequel prévaut sur l'autre.

Ceux qui se connaissent

connaissent l'unique source

de la destinée et du libre-arbitre,

ils ont, par conséquent, renoncé

à ces polémiques. Dites:

pourraient-ils encore s'y joindre ?

 

Note :

L'origine des discussions sur la destinée et le libre-arbitre est l'ego; ceux qui ont pris conscience de sa nature fictive, ceux qui se connaissent,sont peu enclins aux discussions.

Les discussions sur la destinée et le libre-arbitre reposent sur deux théories contradictoires. Les uns disent que la destinée (prarabdha) est ordonnée par Ishwara (volonté divine), les autres disent que nous sommes libres dans le choix de nos actions et de nos efforts (volonté individuelle). Peu importe la source commune des deux théories est l'ego-mental. Le Maharshi nous dit que nous avons la liberté de ne pas nous identifier à la destinée, combinant ainsi libre-arbitre et destinée.

Le Maharshi : « Nous ferons certainement le travail qui nous est assigné, mais nous avons le choix d'être libre des joies et des peines, des conséquences plaisantes ou déplaisantes, du travail en ne nous identifiant pas au corps ou à celui qui accomplit le travail. Si vous réalisez votre vraie nature et savez que ce n'est pas vous qui travaillez, vous ne serez pas affecté par les conséquences du travail, quel qu'il soit, dans lequel le corps est engagé selon la destinée, ou le karma passé, ou le Plan divin. » (D/D 3/1/1946

 

20. Voir Dieu[30], au lieu de voir soi-même,

celui qui voit[31] -

n'est que voir une image mentale.

Lui seul voit Dieu, qui

- perdant la source de ce qui est vu -

prend conscience de Lui-même,

puisque Dieu[32] n'est pas différent

du Soi.

 

21. Si l'on demande ce que signifient

les injonctions de nombreux textes

de l’advaita : « Voir son propre Soi »,

que l'on pense être la conscience

conditionnée, et « Voir Dieu »,

nous demanderons en retour :

Comment voir le Soi, puisque Soi-même

est ‘un’[33] et ne peut, par conséquent,

être vu. Par ailleurs,

comment voir Dieu ?

Devenir Sa proie est Le voir[34].

 

22. Réfléchis, comment le mental extériorisé[35]

pourrait-il méditer sur Dieu[36]

- qui brille dans son intériorité,

lui prêtant lumière -

si ce n'est qu'en se tournant intérieurement,

s'absorbant et se fondant en Dieu ?

 

23. Le corps ne dit pas ‘Je’

puisqu'il ne peut pas penser[37].

Par ailleurs, personne ne dira :

« Je cesse d'exister dans le sommeil profond[38]. »

Dès qu'un 'Je’ s'élève, tout s'élève[39].

Quand, avec une attention subtile

et discernante, on cherche

d'où ce 'Je’ s'élève, il disparaît !

 

24. Le corps inerte[40] ne dit pas ‘Je’ tandis que

Etre-conscience (Sat-chit) n'a pas de lever[41],

néanmoins, un ‘Je’[42] à la mesure du corps

s'élève entre eux. Comprends que ce 'Je’

- le nœud qui lie la conscience -

et l'inerte (Chit-jada-granthi) -

est l'asservissement, la conscience conditionnée,

le corps subtil, l'égo, les activités

dans la vie du monde (samsara)

et le mental[43].

 

Note :

Le Maharshi : « Le mental, qui est inerte, accomplit tout grâce à la force de son contact (sannidhyabala : force due à la proxi­mité) avec chaïtanya  (le Soi, la conscience), qui est achala (libre de mouvement) : sans l'aide de chaïtanya le mental ne peut rien accomplir. Par ailleurs, chaïtanya, étant sans  mouvement, ne peut rien accomplir sans l'aide du mental. Ce qui les relie est abhinabhâvam : interdépendance et inséparabilité. Les Anciens ont étudié  le sujet sous différents points de vue et ont conclu que le mental (‘Je’) est chit-jada-âtmakam : ‘Je’ bien qu'inerte, n'est pas un objet (jada), puisque contrairement à un objet il ne peut pas être perçu. Par ailleurs, il ne peut pas être le sujet, puisqu'il dépend de la lumière de la conscience pour ses activités. 'Je' n'est pas lumineux en soi. Nous devons dire que l'association de chit (Soi) et de jada (l'inerte) produit l'action. (L/R 1-93. Voir aussi Une Compilation sur la Recherche de Soi-même IV, premier paragraphe)

 

25. Comprends que l'ego, qui

tel un fantôme est dépourvu de forme,

vient à l'existence en s'attachant

à une forme; s'étant attaché à une forme

il demeure. S'attachant à une forme

il se nourrit et va croissant.

Abandonnent  une forme

il s'attache à une forme.

Quand on le cherche il disparaît

- quel prodige !

 

Note :

L'ego en lui-même n'a pas de forme; il vient à exister en s'attachant à un corps et il demeure attaché à ce corps aussi longtemps que le corps vit. Il croît en se nourrissant des perceptions sensorielles. A la mort du corps il abandonne la forme qu'il avait occupée et s'attache à un autre corps. De naissance en naissance il est pris dans un corps. Le Maharshi décrit les activités de l'ego et sa disparition dans l'incident de l'invité au mariage. (Appendice 7)

 

26. Quand l'ego (ahamkara), qui est la semence[44],

existe, tout existe - l'ego est donc tout[45].

Par conséquent, comprends que le renoncement

au monde n'est autre que la recherche : 

« Qui est cet ego, et d'où vient-il ? »

 

27. L'état d'être où nous sommes Cela

est l'état d'être où ‘Je’,

qui s’élève comme si le premier

ne s’élève pas[46].

Comment accomplir la perte de 'Je'

sans chercher d'où ce 'Je' s'élève ?

Dites-moi :

Comment demeurer dans notre propre état

si ce n'est en rejoignant

l'état où nous sommes Cela[47] ?

 

28. Sache qu'il est nécessaire de plonger

intérieurement à l'aide

de l'attention intensément vigilante

- de la même manière que l'on plongerait,

contrôlant souffle et pensées[48],

pour atteindre une chose tombée

à l'eau - et de prendre conscience

de la source d'où l'ego s'élève

le premier.

 

29. Rejetant courageusement le corps,

qui est tel un cadavre et,

sans murmurer ‘Je’, chercher avec le mental

plongeant en lui-même, d'où ce ‘Je’ s'élève

est le chemin de la connaissance (jnana),

tandis que méditer

« Je ne suis pas ceci, je suis Cela[49] »

ne peut être qu'une aide - comment

cela pourrait-il être la recherche

de la connaissance ?

 

Note :

Ramana Maharshi : « Je suis » est réel. 'Je  suis ceci ou cela' n'est pas réel. ‘Je suis’ est vrai, un autre nom pour le Soi. 'Je suis Dieu' n'est pas vrai. » (D/D 22.3.1946). La première partie de ce quatrain est autobiographique.

 

30. Quand le mental qui cherche intérieurement[50]

« Qui suis-je ? » rejoint ainsi le cœur (ullam)

- 'Je’   s'effondre[51],

- ‘Je, Je’ spontanément s'élève.

Bien que s'élevant, ce n'est pas 'Je’

mais   l'unité,   l'état   plénier

- la  réalité  de  Soi-même.

 

31. A-t-il encore quelque chose à accomplir

celui qui, s'étant effacé

est élevé dans la joie ineffable de son propre Etre

Qui se révèle dans toute sa splendeur

Comment concevoir l'état de plénitude

de celui qui ne connaît rien d'autre[52]

que Lui-même ?

 

32. Quand les textes advaïta,

déclarent : « Tu es Cela » (Tat tvam asi),

n'est-ce pas dû à un manque de volonté[53]

que de méditer : « Je ne suis pas ceci,

je suis Cela[54] » au lieu de demeurer

en tant que Soi-même, puisque Cela,

l'Etre suprême, brille de tout temps[55] ?

 

 

 

33. L'expérience d'être ‘un’[56]

n'est-elle pas vraie pour chacun ?

Par conséquent dire :

« J’ai réalisé le Soi » ou

« Je n'ai pas réalisé le Soi »

prête au ridicule.

Y a-t-il deux soi(s)

- l'un étant un objet de connaissance

pour l'autre ?

 

Note :

Ramana Maharshi : « Vous dites que vous pensez que j'ai atteint la réalisation du Soi. Je voudrais savoir ce que vous entendez par réalisation du Soi. Quelle conception en avez-vous ? »

Le visiteur : « Je veux dire que l'Atman s'immerge dans le Paramatman (âme universelle).

Ramana Maharshi : « Nous ne savons rien du Paramatman, mais nous savons que nous existons. Personne ne doute de son existence bien que l'on puisse douter de l'existence de Dieu. Découvrir la source de soi-même est nécessaire. »

Le visiteur : « Par conséquent Bhagavan dit : 'Connais-toi toi-même’.

Ramana Maharshi : « Même cela n'est pas correct, car si nous parlons de connaître le Soi, il doit y avoir deux soi(s) : l'un, un soi qui connaît et l'autre, un soi qui est connu, ainsi que l'acte de connaître. L'état que nous appelons réalisation est simplement être Soi-même, et non pas connaître quelque chose ou devenir quelque chose. Celui qui a réalisé est ce qui seul est, et qui seul a toujours été. Il ne peut décrire cet état. Il peut seulement être Cela. (D/D 22.3.1946)

 

34. La réalité est - elle n'est pas.

Elle a une forme - n'a pas de forme.

Elle est une - est duelle; ni l'un ni l'autre.

Renonce à ces disputes,

nées d'une erreur de discernement (maya)

et connais plutôt, l'attention intériorisée

se retirant en elle-même[57], la réalité

qui est libre de la moindre pensée,

et de tout temps l'état naturel de chacun[58].

Demeure Là.

 

35. Connaître, avec le mental apaisé,

et être la réalité qui est

de tout temps acquise, est

l'Acquisition (siddhi)[59]. Tous les

autres siddhis (acquisitions)

ne sont que des acquisitions

de rêve. Seront-elles réelles

au dormeur qui se réveille de son

sommeil ? De même, les siddhis

duperont-ils ceux qui,

- ayant renoncé à l'état irréel,

sont établis dans la réalité de l'Etre[60] ?

Connais et sois.

 

 

Note :

Conversation sur les siddhis en présence de Bhagavan : « Certains discutaient, entre autres sujets, comment quelqu'un avait obtenu des siddhis. Après les avoir écouté avec patience pendant un bon moment, Bhagavan dit d'un ton irrité : « Vous parlez des siddhas. Vous dites qu'ils obtiennent quelque chose de quelque part, et qu'ils ont pratiqué sâdhanas et tapas dans ce but. N'est-ce pas en fait un siddhi, un accomplissement, que nous, qui en réalité sommes sans forme, ayons acquis un corps avec yeux, jambes, mains, nez, oreilles et bouche, et qu'avec ce corps nous accomplissons une chose ou une autre ? Nous sommes des siddhas; nous obtenons de la nourriture si nous voulons de la nourriture; de l'eau si nous voulons de l'eau; du lait si nous voulons du lait. Cela n'est-il pas des siddhis ? Quand nous jouissons de tant de siddhis tout le temps, pourquoi prétendre à plus ? Quoi de plus est nécessaire ? » (L/R 1-56)

 

36. Puisqu'en raison d'une infatuation

très subtile[61], nous pensons que nous

sommes le corps, méditer : « Non, je suis Cela »

est une bonne aide

pour nous rappeler de demeurer

en tant que Cela. Néanmoins,

pourquoi méditer : « Je suis Cela »

puisque nous sommes toujours[62] Cela ?

Un homme a-t-il besoin de penser :

« Je suis un homme » ?

 

Note :

Un  visiteur : « Les Upanishads disent : 'Je suis Brahman' » (Aham Brahmasmi).

Le Maharshi : « Cela veut simplement dire que Brahman Est, en tant que ‘Je’ et non pas ‘Je suis Brahman’. Nous ne devons pas supposer que le conseil nous est donné de méditer : ‘Je suis Brahman’. Un homme pense-t-il : ‘Je suis un homme’, ‘Je suis un homme’ ? Il est cela et ce n'est qu'au cas où un doute s'élèverait dans son esprit : ‘Suis-je un animal, ou un arbre ?’ qu'il lui serait nécessaire d'affirmer : ‘Je suis un homme’. De même, le Soi est Soi. Brahman  est sous forme de ‘Je suis’ dans toutes choses et dans tous les êtres. » (D/D 22.3.1946)

 

37. L'argument qui invoque la dualité

durant la pratique[63], entreprise

en raison d'ignorance, et la non-dualité[64]

de l'Accomplissement, est sans fondement :

qui, sinon lui-même, était le dixième

homme, aussi bien pendant

qu'inconsolable, il le cherchait,

que quand il découvrit qu’il était lui-même

ce dixième homme ?

 

38. Si nous sommes l'auteur d'actions,

qui sont comme des graines,

nous devons récolter les fruits[65].

Si nous cherchons l'auteur[66]

des actions avec vigilance, celui-ci

disparaît : Soi-même est connu

et les trois karmas se désagrègent[67].

Ceci est l'état libéré impérissable.

 

39. Aussi longtemps que,

tel un lunatique,

on pense : « Je suis lié »,

les pensées d'asservissement

et de libération demeurent.

Quand, cherchant en soi-même

qui est attaché, Soi-même,

la conscience éternellement libre,

demeure[68]. La pensée d'asservissement

ne pouvant subsister, comment la pensée

de libération pourrait-elle persister ?

 

40. Quand il est dit,

selon l'inclination de l'esprit,

que la libération est de trois sortes :

avec forme, sans forme et

avec et sans forme,

je réponds que la libération

est l'extinction de l'ego

- la forme qui fait les distinctions :

avec forme, sans forme et

avec et sans forme !

 

   

 



[1] Ulladhu : Sat, Etre, existence.

[2] Bien que ces venbas (quatrains) ne soient pas traduits sous forme de quatrains (il serait impossible de le faire sans obscurcir le texte, extrêmement concis), nous les appellerons quatrains tout au long de cette traduction, en référence à l'original.

[3] Par exemple : Inna Nârpadhu  Quarante quatrains sur ce qui est déplaisant; Innivallle Nârpadhu : Quarante quatrains sur ce qui est plaisant…

[4] Var. : Peut-il y avoir conscience d'être (suis)

indépendamment de l'Etre (Je) ?

[5] Sois ainsi conscient; reviens à Toi-même.

[6] mot de liaison du kali venba, mentionné en gras italique. Cette convention typographique est appliquée par la suite.

[7] Loka : « Le monde est seulement loka. ‘Lokah’ : lokyate iti loka - le monde est ce qui est perçu. (T 76)

[8] Voir appendice 5.

[9] Il y a un jeu de mot sur mudhal et thalaille dont les diverses significations se chevauchent. Ramana Maharshi nous dit, à sa manière, que le principe primordial de la sadhana, qui en est aussi son principe final, est de demeurer en Soi-même plutôt que de participer aux polémiques. (D/D 7.4.1946)

[10] Discussions entre théiste et athéiste ( âstika et nâstlka).

[11] La dualité sujet-objet.

[12] Il s'agit du renoncement à la perception du monde.

[13] Var. : Soi-même, la conscience, est l'Œil illimité.

[14] Le monde physique est perçu par le corps physique; le monde subtil du rêve est perçu par le corps subtil. Dans le sommeil profond il n'y a ni perception d'un corps ni perception d'un monde.

[15] Arrivu : conscience, connaissance: est traduit selon le contexte du quatrain, par 'mental'; c'est la lumière du pur mental qui est désignée ici.

[16] Froid - chaud; bon - mauvais; sujet - objet, etc. Percevant - perçu - perception, etc.

[17] L’un mentionné ici est l'ego; il disparaît quand on le cherche assidûment. La disparition de l'ego et la prise de conscience de Soi-même sont simultanées. Voir le quatrain 38.

[18] Aussi longtemps que nous ne connaissons pas une chose, nous ignorons tout de notre ignorance, il n'y a pas d'ignorance. Quand nous prenons connaissance de cette chose, nous prenons aussi conscience de notre ignorance préalable.

[19] Var. : Soi-même est connu. Ce quatrain décrit soit une étape dans notre recherche, au cours de laquelle il peut arriver que nous appréhendions la réalité illusoire de l'égo, soit l'accomplissement ultime quand, en fin de recherche, l'ego disparaît simultanément avec la prise de conscience de Nous-même.

[20] La base active de la connaissance et de l'ignorance, qui vont et viennent, est la conscience conditionnée, nous-même. Le Soi, la pure conscience, qui est notre nature propre, est la base immuable qui prête lumière à l'ego, la conscience conditionnée.

[21] La connaissance objective.

[22] Le Soi est la pure conscience qui est 'vide’ de connaissance objective. Ce quatrain nous met en garde contre les états de méditations prolongées et souvent profondes, qui ne sont que des suspensions provisoires des activités du mental (laya). Aucune pensée ne s'élève.  au cours de ces méditations qui sont des états de léthargie, de torpeur, et sont enregistrées en tant que 'vide' par la mémoire. Ramana Maharshi a souvent précisé que le ‘vide’ dont il parle est la plénitude de conscience, et non un état seulement vide de pensées.

[23] ‘Je' est la conscience limitée par l'identification au corps.

[24] Nous sommes conscient de demeurer identique à nous-même, quel  que soit le lieu ou le déroulement du temps: j'étais, je suis, je serai. L'identité ‘Je’ demeure bien que les circonstances changent.

[25] Var.: puisque nous sommes le connaisseur constant nous sommes la réalité qui transcende le temps et l'espace.

[26] Les ajnanis.

[27] Les jnanis.

[28] C'est-à-dire dans cette vie même, les jivanmuktas.

[29] Var. : La réalité du monde est la plénitude du substratum libre de forme.

[30] Kadavul désigne ici Ishwara, Dieu avec attributs. Les visions (darshan) que nous pouvons avoir de Dieu, sous quelque forme ou nom que ce soit, sont passagères. Elles s'élèvent du mental et disparaissent, et ne correspondent pas, par conséquent, à la définition de la réalité.

[31] Au lieu d'appréhender la nature fictive de l'ego.

[32] Kadavul désigne ici Brahman, la réalité immuable qui n'a ni forme ni attribut.

[33] Chacun d'entre nous est indéniablement 'un’, néanmoins, nous créons une dualité extrêmement subtile quand nous disons: 'mon âme’ ou 'mon corps’ bien qu'intégralement identifié à ce dernier, c'est-à-dire quand nous considérons l'âme ou le corps non seulement comme nous-même- mais aussi comme notre possession.

[34] Qu'il s'agisse de voir le Soi ou de voir Dieu, le ‘voir’ est être la proie et être dévoré. Dans cette expérience il n'est plus question du Soi ou de Dieu puisque le 'Je' qui veut voir disparaît.

[35] Littéralement: qui voit tout.

[36] Padhi : Seigneur, Etre suprême dans le shivaïsme. Voir les quatrains 8 & 20.

[37] Littéralement : puisqu’il est sans mental, sans connaissance.

[38] Dans le sommeil profond, où il n'y a pas de conscience corporelle, le corps n'exprime pas son existence.

[39] Les trois entités mentionnées dans le premier quatrain.

[40] Jada: le corps est inerte, il n'a ni activité ni mouvement propre.

[41] Le Soi.

[42] La conscience que nous avons de notre existence, au réveil, tout au long de la veille et d'une manière subtile dans le rêve.

[43] Bandham , jiva, sukshma sarira, ahamkara, samsara, manas.

[44] Karu : cœur germinal, matrice, cause.

[45] Les trois principes mentionnés dans le premier quatrain, les couples d'opposés et les triades.

[46] 'Je' s'élève dans les états de rive et de veille; il est momentanément absent dans l'état de sommeil profond. Il est  totalement non-existant dans le quatrième état, Turîya, où nous sommes Cela.

[47] Dans ce quatrain le Maharshi explique comment atteindre le but désigné par les Mahavakyas « Aham Brahmasmi » (Je suis Brahman), « Soham » (Je suis Lui), « Tat tvam asi » (Tu es Cela).

[48] Littéralement: paroles. De même que le plongeur doit forcément s'abstenir de parler, le sadhaka doit contrôler le flot des pensées pour suivre la piste de ce sentir 'Je’; la prise de conscience de sa source élimine la première pensée, l'ego.

[49] « Je ne suis pas le corps, je suis Brahman »

[50] C'est-à-dire en lui-même (Ull).

[51] Idiome : est frappé de honte, se soumet humblement à la décapitation

[52] Var. : Rien qui soit autre à Lui-même (Voir l'Essence de l'Instruction, v. 15).

[53] Urane : force, effort, fermeté, bravoure, résolution.

[54] « Je ne suis pas le corps, je suis Brahman. »

[55] Dans les trois divisions du temps et dans les trois états.

[56] Voir quatrain 21.

[57] Var.: avec le mental fondant dans le Cœur.

[58] Var.: et connais, avec le mental d'où est exclue la moindre pensée, la réalité qui est de tout temps la nature de chacun en t'y unissant et en demeurant Là.

[59] Var.: Connaître et être la réalité, laquelle est la conscience, libre de la moindre pensée, avec un mental apaisé, est l'Acquisition (siddhi).

[60] Var.: Seront-ils victimes de l'illusion ceux qui y ont mis fin et demeurent dans l'état vrai ?

[61] Var.: en raison de l’illusion toute pénétrante.

[62] Dans   les  trois   états  et  dans  les  trois  divisions  du  temps.

[63] Cette pratique (sadhana) comprend nos exercices spirituels et aussi nos activités quotidiennes; les deux sont entreprises en raison d'ignorance de notre identité réelle.

[64] Dvaita et Advaita. Voir appendice 8.

[65] Littéralement: nous devons consommer, faire l'expérience, plaisante ou déplaisante, du résultat de l'action.

[66] Kartritva : le sens d'identification avec les actions, que nous exprimons en disant : « J'ai fait ».

[67] Agamya, Sanchita, Prarabdha.

[68] Var.: Soi-conscience, éternellement libre, demeure. (Voir 'Le Bouquet d'Instructions’ IV-15)