Huit strophes à Arunachala

Huit Strophes Dédiées à Sri Arunachala

(Sri Arunlchala Aahtakam)

 

1.       Mont tranquille, il se dresse

comme si inanimé[1], mais o combien

ses actions sont mystérieuses,

inaccessibles à l'entendement de chacun[2] !

Dès la plus tendre enfance, la grandeur

ineffable d'Arunachala brilla

dans mon esprit, mais quand j'appris

d'un aîné que c'était Tiruvannāmalai,

je n'en saisis pas la signification !

Séduisant mon mental[3],

il m'attira vers Lui

et quand je m'approchai je Le vis

Immobile  - Achala[4].

 

2.       Cherchant dans le mental

qui était celui qui voyait,

ce dernier disparut et je vis

ce qui demeurait, sans qu'aucune pensée

ne s'élève pour dire : « Je vois »

alors, comment une pensée se serait-elle

élevée pour dire : « Je ne vois pas » ?

Qui peut communiquer cela

par la parole quand Toi-même[5],

dans les temps anciens,

ne pus le révéler que par le silence[6] ?

C'est assurément pour révéler

Ton Etat en Silence[7] que Tu Te dresses

de la terre aux cieux

sous la forme du noble Mont immuable -

Achala !

 

3.       Quand je vins vers Toi,

pensant que Tu es une forme,

Mont sur terre Tu Te tins.

S'efforcer de penser à Ta Forme-sans-Forme

c'est ressembler à celui qui parcourrait

la terre ici et là pour voir le ciel !

Pensant à Ta forme - sans aucune pensée -

ma forme fondit telle une figurine dans l'océan !

Prenant conscience de ce que je suis 

quelle autre forme est mienne

O Aruna, Mont d'ambroisie,

Toi seul demeure dans Ta propre Forme[8] !

 

4.       Se détourner de Toi

dont l'Etre brille en tant que Conscience[9]

pour s'approcher de Dieu,

c'est prendre une lampe pour chercher l'obscurité !

Afin de Te faire connaître,

Toi dont l'Etre brille en tant que Conscience,

Tu brilles dans toutes les religions

sous différentes Formes[10].

Ceux qui, malgré cela, ne Te connaissent pas

- Toi dont l'Etre brille en tant que Conscience,

sont comme  des aveugles qui ne savent pas

ce qu'est le soleil !

O noble Mont Aruna, joyau incomparable

- dont l'Etre est Conscience,

sois un-sans-second dans mon cœur[11] !

 

 

5.       Semblable au fil du collier

de pierres précieuses

Tu pénètres et unis

toutes les créatures et toutes

les religions. Si le mental est ouvré

et poli sur la pierre du mental[12]

- de même que la gemme est ouvrée

et polie- il perdra ses défauts

et resplendira de la lumière de Ta grâce.

Alors, tel le rutilant rubis,

il n'absorbera plus l'impression

d'aucune image : une fois exposée

à la lumière du soleil

une plaque sensible peut-elle être

encore impressionnée ?

Quelle autre chose plus intensément

lumineuse que Toi y a-t-il,

Mont Aruna[13] !

 

6.       Cœur, conscience lumineuse,

Tu es l'unique réalité qui soit !

En Toi est une énergie (shakti)

merveilleusement mystérieuse

qui n'est autre que Toi,

d'où émanent dans le tourbillon du prarabdha[14]

des successions de jivas[15] avec mental[16]

et intellect[17]; ils voient intérieurement,

dans ce miroir qu'est la lumière du mental,

des ombres-images de mondes psychiques[18]

et extérieurement le vaste monde physique

au moyen des sens, tels les yeux et le reste,

à travers une lentille minuscule[19],

de même qu'un film est projeté à travers

une lentille. Qu'ils apparaissent

ou disparaissent, sans Toi[20] ils ne peuvent

exister, O Mont de grâce !

 

7.       Aussi longtemps que la pensée 'Je[21]'

ne s'élève pas, aucune autre pensée

ne s'élève. Jusqu'à ce qu'il en soit ainsi,

quand une autre pensée s'élève cherche :

‘A qui ?’,  plonge intérieurement :

‘A moi’ - d'où ce 'Je' s'élève-t-il ?’[22]

Quand tu rejoins le cœur[23], tu es

le monarque incontesté[24] :

les rêves — intérieur - extérieur;

bien - mal; mort - naissance;

joie - douleur; obscurité - lumière[25],

cessent d'exister, ô océan de grâce infinie,

ô resplendissant Mont Aruna,

Tu danses Ta Danse immuable[26]

dans la cour divine du Cœur[27] !

 

8.       En dépit de tous les obstacles

l'eau déversée par les nuages

qui se sont élevés de l'océan

ne s'arrêtera pas jusqu'à ce qu'elle

rejoigne l'océan, sa demeure !

De même, l'âme[28] s'élève en Toi

et bien qu'errant et souffrant au long

des multiples chemins qu'elle rencontre

ou Qu'elle choisit, elle ne s'arrêtera pas

jusqu'à ce qu'elle se joigne à Toi !

Bien que volant ici et là

dans le vaste ciel, l'oiseau n'y a pas

sa demeure : il doit retourner là d’où il partit.

De même, l'âme doit revenir Là d'où elle

parti et s'unir à Toi, o Mont Aruna,

Océan de Joie ineffable !

 

  



[1] Arrivu arru : littéralement « sans connaissance ». C'est cette expression qui est aussi traduite par 'la plus tendre enfance’, quand déjà le Maharshi ressentait la présence intérieure silencieuse et vibrante d'Arunachala sous forme d'un ajapa, un japa non formulé.

[2] Brahma et Vishnu, et chacun d'entre nous qui éprouvons des difficultés à saisir la nature réelle d'Arunachala.

[3] Var.: Prenant possession de mon mental.

[4] Var.: Je vis Cela Immuabilité absolue.

[5] Dakshinamurthy.

[6] Littéralement: ne pus le révéler que sans paroles, sans rompre le silence.

[7] Pour révéler Ton état de Silence.

[8] Ces trois premières strophes sont autobiographiques.

[9] Var. : Toi dont l'Etre est Conscience.

[10] Tu brilles dans toutes les religions sous différents Noms et Formes afin de satisfaire les multiples besoins de vénération et d'approche vers Toi.

[11] Var.: Bannissant toute dualité, sois un dans mon cœur.

[12] 'Si le mental est ouvré sur le mental’ (si le mental impur est ouvré sur le pur mental): cette expression décrit le processus de la recherche «au cours de laquelle le mental perd ses impuretés en raison de son contact avec le mental pur qui est pure conscience ». (‘Une Compilation sur la Recherche de Soi-même’, parag. 1, chap. Libération)

[13] Var.: Y a-t-il quelque autre chose à part Toi, ô Aruna, Mont de lumière bienfaisante !

[14] Nikazhvinaille : action présente, action qui fructifie dans cette vie.

[15] Annu : atome, âme, vie.

[16] Manas.

[17] Buddhi.

[18] Vichithirame : merveille, bariolage, spectacle.

[19] Le pur mental.

[20] L’écran sans lequel la projection ne peut avoir lieu la pure conscience.

[21] L'identification au corps qui est le fil qui relie toutes les pensées.

[22] De quelle place; de quel lieu ?

[23] Ullam : Cœur ou Etre.

[24] Expression qui désigne le suzerain dont le parasol, ou la souveraineté, donne protection aux vassaux et au peuple.

[25] Ignorance - connaissance.

[26] 'Immuabilité dynamique'.

[27] Aham: Cœur, « Je ».

[28] Udal Uyir : la vie qui habite le corps, l’âme incarnée, le jiva.