Le Collier de Neuf Gemmes

Le  Collier de Neuf Gemmes

Dédié A Sri Arunachala

(Sri Arunachala Navamanimalai)

 

 

1.       Bien qu'Immuabilité absolue (achala)

Shiva danse dans la Cour de Chidambaram

face à Shakti, rendue ainsi immobile (achala).

 Mais sache qu'ici Arunâchala s'élève,

cette Shakti s'étant absorbée

dans cette Forme immuable (achala)

 

Commentaire :

Chidambaram, ville du sud de l'Inde est renommée pour son temple et pour 'Natarâja’, Shiva qui danse Sa Danse cosmique.

Chitambaram en sanskrit est Chitrambalam en tamoul et signifie  ‘Espace-conscience’.

Sauri Nagama demanda un jour au Maharshi s'il était vrai qu'une certaine personne lui suggéra de se rendre à Chidambaram afin d'avoir le darshan de Shiva sous sa Forme de Nataraja.

 

Le Maharshi : « Oui, oui. C'était en 1914 ou 1915, un Diksitar entendit parler de moi et vint ici en visite. Il se logea au bourg et grimpa tous les jours jusqu'à Virupaksha. A chacune de ses visites, il parla de bien des choses et termina toujours par une exhortation à visiter Chidambaram puisque le Linqa Akâsha (le Linqa qui désigne l'espace et qui témoigne de la nature sans forme et sans attribut de Shiva) est un des grands Linqas consacrés, et par la même, occasion avoir le darshan de Nataraja. C'est à propos de cela que j'ai composé cette strophe, des années plus tard, en 1923. » (LRR p.58)

Cette strophe fait allusion à un épisode puranique qui raconte comment Shakti provoqua  Shiva à danser. Le Maharshi explique qu'ici, à  Tiruvannamalai, Arunachala est l'unicité Shiva-shakti.

 

Un visiteur : « Il est dit que Chidambaram est supérieur à Arunâchala puisque parmi les panchas Linqas, Chidambaram est le Linqâkêsha (le ‘Linqa-espace’) et qu'étant donné que les quatre autres éléments: terre, eau, feu et air s’absorbent dans l'espace, ce dernier est l'élément principal. » Or, Arunachala est le Linqa de Feu.

 

Le Maharshi : « Les cinq éléments ne viennent à l'existence que quand Shakti se détourne, en apparence, de son identité avec Shiva, le Soi suprême (paramâtman). Shakti est donc supérieure à sa création, les cinq éléments; néanmoins, le lieu où Shakti s’absorbe, se résorbe,  est plus grand que le lieu où les éléments se fondent. A Chidambaram Shakti dance, et Shiva doit danser devant elle afin de la rendre immobile, immuable, tandis qu'ici, à Arunachala, Shiva est immobile et Shakti  se fond en Lui avec amour, sans effort, spontanément. Puisqu'ici Shakti, qui a créé toutes ces apparences variées, se fond dans le Seigneur, Arunachala brille comme le plus éminent parmi les Hauts- lieux et le plus puissant. Les aspirants mûrs, hautement qualifiés, qui désirent mettre fin à toutes ces apparences de la dualité reçoivent ici, à Arunachala, l'aide la plus puissante. » (M/P 1982 p.79)

 

2.       Quand on pense à Arunâchala,

le Mont aux reflets d'or rouge,

dont la seule pensée vers Lui

confère la libération,

A RU NA révèle sa signification :

‘Etre-Conscience-Joie ineffable[1]

 ou encore:

‘l'Etre absolu, l'âme, individuelle et leur unicité[2]’,

évoquée par le Mahavakya : « Cela tu es[3] »

 tandis que ‘Achala’ désigne la nature homogène et massive

de « Cela ».

 

 

3.       Ceux qui aspirent ardemment

à la douce grâce du Seigneur

de compassion aux Pieds de lotus

rosés, du rose de l'aurore (Aruna),

qui demeure en Arunachala -

avec un cœur purifié[4],

un cœur qui s'est affranchi

de l'illusion des attachements

à la richesse, à la terre natale,

aux proches, aux castes et à

tout le reste[5] - seront

pour  toujours bénis du toucher

de l'Amour divin qui brille

toujours jeune comme les rayons du

soleil levant (Aruna). Les ténèbres

de l'ignorance seront dispersées;

ils seront noyés dans l'océan

de Joie dès cette vie même.

 

 

4.       Ne songe pas, O Annamalai,

à me laisser languir d'amour en vain

comme si je ne pensais pas à Toi[6] !

 Il serait malséant que je périsse

prenant le corps - poussière qui

retournera à poussière -

pour le Soi. Ne Te joue pas de moi,

ô Bien-Aimé, Œil de mes deux yeux,

pose sur moi Ton regard surabondant

de grâce fraîche et apaisante !

Sois dans mon cœur, ô Seigneur,

Forme de Lumière qui transcende

toutes les formes, soient elles  femelles,  

mâles ou neutres !

 

5.       O Seigneur,

-  dont l'Etre est Conscience -,

glorieux souverain du sublime

Sonagiri, le Mont aux reflets rouges,

efface les fautes innombrables

et si grandes de ce pas-grand-chose           -

que je suis, et protège-moi

afin que je ne tombe encore

dans cette désolation[7] !

Si, avec compassion, Tu ne m'accordes pas

Ton regard[8] aussi bienfaisant et

rafraîchissant que le nuage de pluie,

je ne pourrai, c'est certain, traverser

le cruel océan des naissances

et des morts et atteindre l'autre rive !

Dis-moi : qu'y a-t-il qui puisse

rivaliser avec l'incomparable bonté

de la mère envers son enfant ?

 

 

6.       Kamâri - Immolateur de Kama

Tel est le  nom fameux  par lequel

Tes adorateurs Te glorifient toujours.

Oui, c'est vrai,

o glorieux Souverain Arunachala,

mais un doute persiste

quant au bienfondé de Ton titre -

en serait-il ainsi, comment

l'impétueux et invisible Kama[9],

tout aussi ardent et valeureux qu'il soit,

peut-il se glisser dans un esprit

qui a pris refuge dans la forteresse

de Tes Pieds, ô Toi, Immolateur de Kama !

 

Alternativement :

 

Kamari — Immolateur de Kama !

Tel est le titre fameux par lequel

Tes adorateurs Te désignent toujours.

Douterais-Tu, o Arunachala Shiva,

de la validité de ce titre envers moi ?

Ne suis-je pas capable de prendre refuge

dans la forteresse de Tes Pieds

par la pensée intériorisée,

avant d'être asservi  par l'impétueux

Kama, tout aussi ardent et valeureux

qu'il soit !

 

 

7.       Annamalai, Vie de ma vie !

Dès que Tu fis de moi Ton esclave,

Tu pris possession de moi

corps et âme ! Que me reste-il ?

Aux mérites et démérites je ne pense,

mais seulement à Toi.

Agis comme il Te plaira,

O Œil de mes yeux,

mais accorde-moi un amour

toujours grandissant pour

Tes pieds jumeaux sans pareils !

 

8.       Je suis né de Sundaram

aux grands mérites, et de Sundari[10]

son épouse vertueuse, au saint lieu

de Bhuminathan - le Seigneur

de l'univers -, qui, parmi les

Hauts lieux de Shiva, est glorifié

sous le nom de Thiruchuzhi -

'Le Remous Sacré'.

Afin de me sauver de la détresse

ardente de la vie dans le monde,

en mettant fin aux expériences

sensorielles si insignifiantes

et afin que resplendisse la plénitude

d'Etre qui est la plénitude de Conscience,

Shiva, qui s'élève sous forme de Mont

aux reflets rougeoyants, me donna

son État de Joie, le cœur

débordant de Joie[11] !

 

9.       Arunachala,

Toi dont l'Etre est conscience,

quelle merveille Ton amour divin

n'a-t-il pas ouvré.

Dans les personnes de mère

et de père, Tu me mis au monde,

me protégeas tendrement

et avant que je ne tombe

dans l'océan si profond

de la grande illusion (jaqanmaya)

et y succombe, Tu pénétras

dans mon esprit, m'attiras

et me fixas fermement à Tes Pieds !

 

  

 

 



[1] Sat chit ânanda.

[2] Brahman jîva alkyam.

[3] Tat tvam asi.

[4] Var. : un mental clair.

[5] Les différentes étapes (ashrams) qui jalonnent la vie sur terre.

[6] Var. : Ne songe pas, O Annamalai, à me laisser languir d'amour en vain quand je pense toujours à Toi …

[7] Pazh : vide, sans valeur, détérioré. Suivant l'exemple souvent cité, une corde brûlée ressemble encore à une corde, mais ne peut servir à rien; elle n'a que l'apparence d'une corde qui se réduit en poussière dès qu'on la touche. Il en est de même du monde, qui se désintègre si on scrute sa nature intensément. C'est cette apparence illusoire du monde qui est appelée ici « désolation », à laquelle nous sommes liés et pour laquelle nous endurons de nombreuses tribulations.

[8] Var. : Si, par compassion, Tu ne m'accordes pas la connaissance.

[9] Kama : l'Eros du panthéon hindou; il joue un rôle important dans le Shiva purâna . A la requête des Devas, Kama tenta d'éveiller Shiva de son absorption en lui-même. Shiva le réduisit en cendres par le Feu de son troisième œil, mais lui rendit la vie sous forme d'une présence incorporelle et invisible, dans tous les esprits par compassion envers Rati, la conjointe de Kama.

[10] Le nom sanskrit de la mère du Maharshi.

[11] Ishwara Swami lut un jour une strophe composée par le poète Ottakutar en manière de défi; il y vantait son érudition, comment il avait reçu un don du roi et la nature de ce don. Ishwara Swami demanda au Maharshi de composer une strophe semblable à celle d'Ottakutar avec grande insistance. Le Maharshi composa la strophe ci-dessus. (LRR p.59)

Le mètre de cette strophe est appelé shanta viruthame. C'est une jonglerie d'alinéas, de rythme et de sons qui sont impossibles à reproduire en traduction. Selon la coutume, le poète donne tout d'abord sa lignée puis présente le donateur et enfin la nature du don reçu. C'est ainsi qu'à l'insistance d'Ishwara Swami le Maharshi fut amené à nous donner généalogie et biographie aussi complètes que brèves. Chantée, cette strophe donne un son de tambour joyeux.