La Guirlande Nuptiale

La Guirlande De Lettres Dédiée à Sri Arunachala

(Sri Arunalchala Aksharamanamalai)

Introduction

 

La Guirlande Nuptiale fut composée vers 1914 - 1915. A cette époque Ramana Maharshi, connu alors sous le nom de 'Brahmana Swami' occupait la grotte Virupaksha. Les sadhus qui l'entouraient descendaient chaque jour au bourg pour mendier leur nourriture. Ils annonçaient leur arrivée aux maitresses de maison en chantant des hymnes dévotionnels, composés dans le passé par des saints shivaïtes.

D'autres sadhus, peu scrupuleux, entreprirent de collecter la nourriture destinée au Brahmana Swami et à ses compagnons en chantant les mêmes hymnes avant leur arrivée. Las d'être ainsi dupés, les compagnons du Maharshi lui demandèrent de composer pour eux un chant, afin que nul ne puisse décevoir les maitresses de maison.

Bhagavan refusa tout d'abord de se plier à leur demande, mais les sadhus insistèrent avec grande persévérance et, un jour où Bhagavan s'apprêtait à faire le tour de la montagne, on lui remit papier et crayon. Ce jour-là, il composa la Guirlande Nuptiale de Lettres, en réponse affectueuse à ses bhaktas, en extase, inondant son visage de larmes de joie.

Le nom 'Aksharamanamalai' se compose des trois mots : akshara (‘impérissable’, ‘immuable’ mais également ‘lettre’), mana (‘mariage’) et mêlai (‘guirlande’). 'Aksharamanamalai' peut donc être interprété  de deux manières: 'Une Guirlande Nuptiale de Lettres' ou 'Une guirlande d'union impérissable'.

Selon la tradition en Inde le marié et la mariée échangent leur guirlande au cour de la cérémonie du mariage. Dans la dernière strophe Sri Bhagavan (la mariée) demande à Sri Arunachala (le Marié) de poser Sa guirlande sur ses épaules et de porter la sienne — cette guirlande d'union impérissable.

Les fidèles entonnèrent ce chant dans les derniers moments du Maharshi.

Chaque strophe commence par une lettre de l'alphabet tamoul, dans l'ordre alphabétique, ce qui donne au chant un rythme et un enchaînement très particulier et vigoureux.

Bien que le thème du poème soit celui de l'appel de l'amante (la conscience individuelle) à l'Union avec l'Amant (le Soi suprême, qui est pure conscience), l'un et l'autre sont exprimés dans le genre neutre dans l'original.

Traduire en français soulève l'ambiguïté du choix entre "elle" et "Lui", qui, sont indifférenciés dans le poème.

Compte tenu de la nature mystique du texte, 'elle 'Lui' adresse, tout au long des 1O8 strophes, ses espoirs, lamentations (et même réprimandes), doutes et certitudes, dans des termes quelque fois chargés de symbole érotique, ou bien encore ses appels sont dirigés vers Père, Mère, Ami, Guru, Soleil, Lune, océan et ‘Ramana’, le Bien-aimé, puisque telle est la signification de ‘Ramana’.

Le refrain "Arunachala Shiva" est un rappel constant de l'identité de la montagne, en tant que forme, avec Shiva, le Nom de l'Etre, dont la nature est pure conscience.

Prélude[1]

 

Cette guirlande nuptiale de lettres,

vibrante de joie et surpassant les bouquets

de rayons du soleil levant,

fut chantée en divine ivresse par

Mauni Ramana, le Guru, source opulente

de compassion, dans le dessein de rendre

claire, au moyen de ce chant d'Amour,

la connaissance obscurcie de ses

esclaves bénis qui désirent ardemment

la claire connaissance. Ceux qui s'immergent

intérieurement au long de ce chemin

de refuge, deviendront, au moyen de la

connaissance intuitive "Je est

 Arunachala », Souverain de Shiva loka[2].

OM Namo Bhagavate Sri Ramanaya

 

LA GUIRLANDE NUPTIALE DE LETTRES[3]

 

Invocation

 

O Ganapathi, dispensateur de grâce!

Protège-moi et prête-moi Ta main

afin que je tresse une Guirlande

Nuptiale de Lettres digne de l'Epoux,

Sri Arunachala.

 

O Ganapathi, rayon resplendissant de grâce!

Accorde-moi protection afin qu'avec

des lettres, je tresse une guirlande

nuptiale digne de l'Epoux, Arunachala

et accorde-moi le philtre d'Amour!

 

Refrain

 

Arunachala Shiva, Arunachala Shiva

Arunachala Shiva, Arunachala

Arunachala Shiva, Arunachala Shiva

Arunachala Shiva, Arunachala !

 

 

 

1.       "Arunachala ", de ceux qui pensent

ainsi, dans le cœur Tu déracines

le 'Je', O Arunachala !

 

2.                Tel ' Azhagu' et 'Sundararm'[4]

puissions-nous être,

moi[5] et Toi, absolument sans

aucune différence, O Arunachala !

 

3.       Tu pénétras chez moi[6], m'entraînas

au loin, et me tins captive

dans une grotte - chez Toi.

Quel émerveillement, O Arunachala !

 

4.       Dans quel dessein me-fis-Tu tienne ?

Le monde T'accusera, si Tu me rejettes[7],

O Arunachala !

 

5.       Déments ces accusations!

Pourquoi me fis-Tu penser à Toi[8] ?

Qui peut Te quitter maintenant,

O Arunachala !

 

6.       Serait-ce là geste bienveillant

quand Tu abondes d'un amour plus grand

que celui d'une mère, O Arunachala !

7.       Demeure fermement sur mon mental,

afin qu'il ne Te dupe et ne s'enfuie,

O Arunachala !

 

8.       Révèle Ta splendeur

afin que le mental, qui vagabonde

sans cesse de par le monde,

s'apaise, O Arunachala !

 

9.       Serait-ce là Ta chevalerie

si, dès maintenant, Tu ne m'épousais,

causant ainsi ma perte,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Serait-ce là virilité si dès à présent

Tu ne m'étreignais et mettais fin

à ma chasteté, O Arunachala !

 

Le Professeur K. Swaminathan en proposa la version précédente, et y ajouta la note : « Ceci est un appel impétueux pour l'union par autodestruction; un abandon total du corps, de l'esprit et de l'âme. La vierge offre son corps sans aucune honte, le sadhaka expose son ego pour le sacrifice. C'est un défi au purusha,  afin qu'il possède la prakriti, qu'il la fasse sienne irrévocablement. Cette image ne doit pas être interprétée littéralement, elle fait allusion à l'appel pour la destruction de l'ego et pour l'union du jiva avec Shiva ».

Swami Muruganâr ajouta que cela demande un grand courage, une grande force d'âme.

 

10.    Pourquoi ce sommeil

quand d'autres[9] m'entraînent

avec force ?

Est-ce là Ta noblesse,

O Arunachala !

 

11.    N'es-Tu pas Là, dans mon cœur,

quand les cinq voleurs

- les perceptions sensorielles -

envahissent mon cœur, O Arunachala !

 

12.    Qui d'autre que Toi — qui est l'Un,

peut venir Te cacher ?

Tel est Ton Jeu[10],

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Qui d'autre peut venir furtivement

sinon Toi, l'Un déguisé ?

Ceci est Ton artifice,

O Arunachala !

 

13.    Inégalable, insurpassable,

Essence d’OM,

qui peut T'appréhender,

O Arunachala !

 

14. Comme le ferait une mère,
accorde-moi Ton amour[11].
Tu te dois de me garder

sous Ton règne, O Arunachala!

 

15.    Regarde-moi! Œil de l'œil

qui voit sans yeux, qui peut

Te voir, O Arunachala !

 

16.    Tel l'aimant le fer,

attire-moi irrésistiblement.

Ne me lâche pas, O Arunachala !

 

17.    Océan de compassion qui prit

forme de montagne, déverse sur moi

compassion abondante, O Arunachala!

 

18.    Pierre précieuse de Lumière,

resplendissant en bas, en haut,

et de tous côtés, réduis à néant

ma bassesse, O Arunachala!

 

19.    Fauche mes fautes, dote-moi

de vertus et fais-moi Tienne,

Toi qui brilles sous forme de Guru,

O Arunachala!

 

Alternativement :

 

Dissipe l'ignorance[12],

accorde-moi humilité et vertus

et fais-moi Tienne, Toi qui brilles

sous forme du Jnana-Guru, O Arunachala!

 

20.    Accorde-moi la Plénitude d'union

afin que je ne tombe dans les pièges

du monde, aussi tranchants que des

épées. Sois compatissant, O Arunachala!

 

Afin que je ne succombe

à la tyrannie du regard intense[13]

des hommes, accorde-moi

la Plénitude d'union,

sois clément, O Arunachala!

 

21.    Bien que je T'implore,

Tu ne T'émeus pas, pas même un peu !

Ne me trahis pas, sois bienveillant

et dis : « Ne crains rien »,

O Arunachala!

 

22.    Ne ternis pas Ta réputation

de donner sans être sollicité :

accorde-moi Ta grâce,

O Arunachala!

 

23.    Fruit savoureux dans ma main[14]

accorde moi qu'absorbant l'essence

de Ta réalité je m'enivre

de Joie ineffable,

O Arunachala!

 

Fruit mûr dans Ta main[15],

imprègne-moi de l'essence

de Ta réalité puis consomme-moi

dans la Joie, O Arunachala !

 

24.    Comment vivrai-je après

T'avoir épousé quand Ton

étendard proclame que

Tu es l'Immolateur de ceux

qui Te sont attachés,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Comment puis-je survivre

à ma liaison avec Toi dont

l'étendard Te proclame

l'Immolateur de ceux qui te sont

attachés, O Arunachala !

 

Comment aurai-je la félicité

après t'avoir épousé ...

O Arunachala !

 

25.      Quelle faute ai-je donc commise,
ô Toi dont la nature est libre
de courroux, que Tu me prennes
pour cible, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Quel tapas n’ai-je pas

achevé[16] que Tu me prennes

pour cible…

O Arunachala !

 

Quel tapas ai-je accompli

que Tu me prennes pour cible...

O Arunachala !

 

26.  Toi qui fut glorifié

par Gautamar[17] comme

'Montagne de compassion immense',

pose sur moi Ton clin d'œil

compatissant — fais-moi

Tienne, O Arunachala !

 

27.    Soleil aux rayons resplendissants,

qui engloutit tout,

épanouis le lotus de mon cœur,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Soleil de conscience lumineuse

qui pénètre pleinement tout,

épanouis le lotus de mon cœur,

O Arunachala !

 

28.          Afin de me nourrir de Toi
je m'approchai

et devins Ta proie[18],

O Arunachala

 

Alternativement :

 

Viens près de moi

que je Te consomme

et sois rassasiée de paix,

O Arunachala !

 

29.    O Lune clémente !

Place Tes mains de lumière

afin d'apporter fraîcheur

à mon cœur[19]. Epanouis

le lotus de mon cœur,

O Arunachala

 

Alternativement :

 

O Lune clémente !

Pose Tes mains de Lumière rafraichissante,

révèle Tes paroles de nectar

dans mon cœur, O Arunachala !

 

30.    Déshabille-moi jusqu'à la nudité[20]

et habille-moi de la robe divine,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Dénude-moi de la grandeur mondaine[21]

et, avec bienveillance, accorde-moi

la robe divine, O Arunachala !

 

31.    Afin que paroles et pensées s'évanouissent

et que l'océan de Joie s'épanouisse,

demeure-Là, tranquille, summa,

dans mon cœur, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Là, dans mon cœur,

demeure silencieux, summa,

afin que l'océan de mots et de pensées

se fonde dans l'océan de Joie ineffable,

O Arunachala !

 

32.      A présent ne me mets pas à l'épreuve

au moyen de tentations et vicissitudes.

Révèle Ta Forme de Lumière[22], O Arunachala !

 

33.    Débarrasse-moi de cette folie d'acquérir

la connaissance des arts[23] que

j’imagine être réelle et révèle-moi

la connaissance vraie — la connaissance de Ta Forme vraie.

O Arunachala !

 

Plutôt que de m'enseigner l'illusionnisme[24]

- cette science de décevoir le monde[25] -

enseigne-moi la science de demeurer

dans ma propre Forme, O Arunachala !

 

34.    Mon corps fondra en eau

et je périrai dans une rivière de larmes

si Tu ne m'étreins pas, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Je fondrai en eau et périrai

dans une rivière de larmes

si Tu ne T'unis pas à moi

dans Ta Réalité, O Arunachala [26] !

 

35.    Fi donc !

Si T'exclamant ainsi Tu me répudies,

les karmas ne me bruleront-ils pas ?

Quelle sera alors la voie de salut,

O Arunachala !

 

36.      Sans parler, Tu dis[27] :

"Ne parle pas."

Puis Tu restas tranquille, summâ

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Sans un mot, Tu dis:

"Mets fin aux paroles."

Puis Tu restas silencieux, summâ,

O Arunachala !

 

37.      Quel sera mon autre refuge

si Tu restes tranquille, summâ.

Te délectant oisivement de la félicité

du sommeil profond[28], dis-moi,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Dis-moi: qu'est l'état libéré

sinon rester tranquille, summâ.

se délectant oisivement de la félicité

du sommeil profond, O Arunachala !

 

38.      Demeurant immobile

Tu déployas Ton Pouvoir[29] et dis :

« L'obscurité n'est plus[30]. »

O Arunachala !

 

39.      Serais-je- inférieure au chien!
Par la force de ma persévérance,

je Te chercherai et Te trouverai[31],

O Arunachala !

 

40.      Sans avoir connaissance[32] de Toi

je Te désire ardemment et me languis.

Révèle-moi cette connaissance

afin de dissiper mon malaise,

O Arunachala!

 

41.    Pourquoi, telle une abeille,

Te tiens-Tu devant moi, disant :

"Tu n'es pas encore épanouie",

Toi qui es le soleil même,

O Arunachala!

 

Alternativement :

 

Comment peux-Tu

- Toi qui es le soleil même -

rester indifférent devant moi,

en attendant, telle une abeille,

que je m'épanouisse,

O Arunachala!

 

42.    Assure-moi ainsi[33] :

« Sans savoir que tu es Cela,

tu as atteint, ce Soi, la réalité. »

O Arunachala!

 

Bien que je ne sache rien des Principes[34],

Tu m'es devenu accessible!

Quel est ce merveilleux Principe,

O Arunachala !

 

Quel est ce principe insolite

que de chercher Dieu[35] sans savoir

que Tu es Cela, O Arunachala !

 

J'ignore tout des Principes!

Mon seul principe est de prendre

connaissance du Soi, O Arunachala !

 

43.    Assurément, le Principe suprême[36]

est le Soi.

Ceci montre le moi Toi-même,

O Arunachala !

 

Toi, assurément Toi-même,

est la réalité. Accorde-moi

cette révélation de la réalité,

O Arunachala !

 

De soi-même, Tu es le Soi

- révèle-moi ce Soi,

O Arunachala !

 

En réalité, chacun est la réalité !

Montre-moi ceci, O Arunachala !

« Je suis », ce « Je suis »

est la réalité. Révèle-moi

cette réalité, O Arunachala !

 

44.    Tu dis :

« Reviens toujours à l'intérieur

et regardes-toi avec le regard intériorisé,

tu me verras clairement[37]."

Combien merveilleux, O Arunachala !

 

O Bien-aimé, Tu dis :

« Te tournant sans cesse

vers l'intérieur, vois-toi

avec l'Œil intérieur - le Soi

suprême sera connu spontanément,

O Arunachala !

 

45.    Te cherchant

dans le Cœur sans bornes,

j'ai regagné le Soi[38].

Telle est Ta grâce, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Je T'ai cherché

mais avec un mental dépourvu

d'héroïsme[39] et je revins désappointée,

O Arunachala !

 

Bien que manquant de courage

je T'ai cherché et T'ai retrouvé,

O Arunachala !

 

46.    A quoi sert cette naissance

privée de la recherche de la

connaissance! A quoi puis-je

prétendre, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

A quoi bon cette naissance

dépourvue de la claire connaissance.

Viens, comble cette lacune,

O Arunachala !

 

47.    Bien-aimé ! Accorde que par

Ta grâce je fonde en Ton Soi,

la réalité, dans laquelle seuls

les purs en paroles et en

A esprit se fondent, O Arunachala !

 

48.    Quand, Te considérant comme Dieu,

je vins vers Toi, Tu causas, ma

perte, O Arunachala !

 

49.    Trésor d'Amour divin

trouvé sans chercher, mets fin,

je Te prie, au vagabondage[40]

de mon esprit, O Arunachala !

 

50.    Cherchant le Soi -

Ta réalité— avec constance

et courage, l'obstacle 'Je’

fut effacé[41]. Telle est Ta grâce,

O Arunachala !

 

Je cherche Ta véritable demeure

avec hardiesse[42] et suis vaincue

par les obstacles. Sois

compatissant, O Arunachala !

 

51.    A moins que Tu ne m'étreignes,

touchant mon corps de Ta main de grâce,

je serai perdue[43].

Sois compatissant, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

A moins que Tu ne me lies à la réalité,

me touchant de Ta main de grâce,

j’irai à ma perte !

Sois compatissant, O Arunachala !

 

52.    Toi qui es libre d’imperfection,

fais Un avec mon cœur afin que je

m'unisse à la Joie intarissable,

O Arunachala !

 

53.    II n'y a pas lieu

de me tourner en dérision,

moi qui Te cherche.

Pose sur moi Ton sourire,

O Arunachala !

 

Sans ornements, je T’approche[44] !

Pare-moi du joyau de Ton regard,

O Arunachala !

 

54.    Es-Tu sans honneur ?

Quand, de mon plein gré,

je m'approchai pour m'unir à Toi,

Tu demeuras en tant que Soi,

O Arunachala !

 

Quand, de mon plein gré,

je Te cherchai pour faire Un avec Toi,

Tu Te tins tel un pilier[45],

sans aucune honte,

O Arunachala

 

55.    Déverse sur moi Ta grâce apaisante

afin que le feu du désir pour Toi

ne me réduise en cendres[46],

O Arunachala !

 

O Toi Forme de Feu!

Déverse sur moi la pluie

de Ta grâce purificatrice

avant de me consumer jusqu'aux cendres,

O Arunachala!

 

56.    Afin que l'état de Joie ineffable,

intarissable demeure,

consens à l'union qui mettra fin à 'Je' et 'Toi',

O Arunachala !

 

Consens à l'union dans laquelle

'Je' est effacé afin que l'état de

Joie ineffable demeure toujours,

O Arunachala!

 

57.    Quand donc cesseront

les vagues de pensées

afin que je T'atteigne,

Toi dont la Forme subtile

est plus subtile que le subtil espace[47],

O Arunachala !

 

Quand donc serais-je unie à Toi,

serais-je Toi le plus petit aussi bien que

le plus grand, afin que les vagues

de pensées se retirent, O Arunachala!

 

58.      Je suis une ignorante

sans la moindre connaissance

des Ecritures. Néanmoins,

met fin à ma connaissance

a erronée[48], O Arunachala !

 

59.    Le cœur fondant,

fondant d'amour intense,

je pris refuge en Toi -

Tu Te révélas dans Ta glorieuse

Nudité[49], O Arunachala !

 

 

60.    En moi qui n'avais pas d'amour

pour Toi, Tu éveillas un désir

ardent de Toi. Ne me déçois pas,

sois compatissant, O Arunachala !

 

Bien que je sois sans amour

envers Toi Tu exerças une

attraction sur moi.

Ne Te parjure pas, O Arunachala !

 

61.    On ne fait pas ses délices

d'un fruit trop mûr et gâté

- il est meilleur quand il est

à point  -  prends-moi et

savoure-moi, O Arunachala !

 

Bien que chaste elle est

sans beauté si âgée et flétrie !

Viens, consomme-la pendant

qu'elle en est parfaitement digne,

O Arunachala !

 

62.    Quand Tu Te donnas à moi,

ne me pris-Tu pas sans me causer

la moindre angoisse ? Quelle

généreuse Yama Tu fus pour moi,

O Arunachala !

 

N'es-Tu pas aveugle pour conclure

ce marché : Tu troquas 'moi’

contre 'Toi' afin que je ne

souffre plus, O Arunachala !

 

Sans le moindre effort

de ma part Tu Te donnas

à moi - c'est ainsi

que Tu me pris - quelle

magnifique Yama Tu fus

pour moi, O Arunachala !

 

63.    Par le regard, le penser,

le toucher sur mon corps[50]

mûris-moi à la perfection

et fais-moi Tienne,

O Arunachala !

 

64.          Avant que le poison Maya

n'agisse et en finisse de moi

en atteignant ma tête, dispense

Ta grâce, O Arunachala !

 

65.    Qui d'autre au monde

peut plaider en ma faveur

si Tu ne m'accordes Ton Regard

pour dissiper l'illusion ?

Regarde-moi, O Arunachala !

 

66.    Me libérant de la folie pour

le monde Tu me fis devenir folle

- folle de Toi ! Dispense maintenant

le remède qui dissipera cette

folie[51], O Arunachala!

 

Alternativement :

 

Etant libérée de l'attraction

envers le monde je devins folle

de Toi ! Accorde-moi la claire

connaissance, le remède qui mettra

fin à cette folie, O Arunachala !

 

67.    Pourquoi as-Tu peur

de T'unir à moi qui

sans peur vins vers

Toi, le Sans-Peur[52],

O Arunachala !

 

Poussée par la peur

Je suis venue vers Toi,

le Sans-Peur! Pourquoi

as-Tu peur de T'unir à moi,

O Arunachala !

 

68.    Dis-moi : quand Ton Amour me

possède, où est la vraie connaissance

et où est la fausse connaissance ?

Dis-moi, O Arunachala !

 

Dis-moi qu'est la fausse

connaissance et qu'est la vraie

connaissance et puis-je par

Ta grâce posséder cette

connaissance, O Arunachala !

 

69.    Mon esprit est tout imprégné

des parfums[53] du monde !

Imprègne-le du parfum de la

Perfection : accorde-moi

la Plénitude d'union,

O Arunachala !

 

Répands Ta grâce sur mon mental

qui a pleinement épousé le monde

afin qu'il épouse l'union plénière,

O Arunachala !

 

70.    A l'instant même où je pensai

à Toi, Ton étreinte m'attira

vers Toi ! Qui peut comprendre

Ta grandeur, O Arunachala !

 

71.    Tel un esprit implacable,

Tu Te saisis de moi et fis

de moi un possédé afin que

le démon de la mondanité[54]

me quitte. O Bien aimé

Arunachala !

 

72.    Afin que je ne me flétrisse,

comme une tendre liane sans support,

protège-moi, sois mon soutien,

O Arunachala !

 

73.    Me stupéfiant de poudre magique

Tu me dépouillas de ma connaissance[55]

et révélas Ta connaissance[56],

O Arunachala !

 

74.    Montre-moi le combat engagé

par la grâce dans l'Espace commun[57],

Là où il n'y a ni allée ni venue,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Montre-moi le combat engagé

par la grâce dans la Joie

de l'Espace commun,

où il n'y a ni allée ni venue,

O Arunachala !

 

75.    Que je renonce à l'attachement au corps

- le composé de cinq éléments -

que je contemple Ta splendeur

et que je m'unisse à Elle

pour toujours : accorde-moi tout cela,

O Arunachala !

 

76.    Pourquoi hésites-Tu à me donner

le remède contre la confusion[58],

Toi qui brilles sous forme d'une

montagne de grâce: le remède

contre la confusion,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Comment puis-je reculer

alors que, Te dressant sous forme

de Montagne-de-remède-divin,

Tu me donnes le remède contre

la confusion, O Arunachala !

 

Ma confusion pourrait-elle

demeurer quand Tu me donnes

le remède qui met fin à la

confusion, o Toi qui brilles,

sous forme d'une montagne de remède

divin ? O Arunachala !

 

77.    Libre de tout attachement[59]

Tu brilles - Tu brilles et

dissipe l’individualité[60]

de ceux qui viennent à Toi,

entravés par l'attachement

au corps, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Tu dissipes l'individualité

de ceux qui viennent à Toi

entravés par l'attachement

au corps et brilles comme si Tu étais

dépourvu de bienveillance,

O Arunachala !

 

78.    Je n'ai pas grand discernement

et T'implore seulement dans

l'adversité, pourtant ne me

déçois pas, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Il reste encore en moi

un petit peu d'intelligence[61]

et je fais appel à Toi quand

je suis accablée, ne me déçois pas

O Arunachala !

 

79.    Protège-moi afin que je ne sois

pas ballotée dans la tempête

comme un vaisseau sans timonier,

O Arunachala !

 

80.    Tu as coupé le nœud

dont ni le commencement

ni la fin ne sont connus[62].

Ton devoir n'est-il pas, à présent,

de me placer dans l'état d’infinitude,

O Arunachala !

 

N'est-ce pas Ton devoir

de m'établir, avec l'amour

d'une mère, dans la demeure ultime,

dont ni le haut ni le bas

ne sont connus, O Arunachala !

 

Tu me déposas directement à la Montagne

dont le sommet ni le pied, ne sont

visibles. N'était-ce pas là

Ton obligation, Toi qui es

le But suprême, O Arunachala !

 

81.    Ne sois pas comme un miroir

placé devant un homme sans nez !

Sois compatissant, élève-moi,

étreins-moi, O Arunachala !

 

82.    Sur le mental pur

- couche de tendres fleurs -

dans le sanctuaire du corps,

unissons-nous dans la réalité,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Puissions-nous nous unir

en une seule réalité

dans le Cœur réel

sur la couche de tendres fleurs

- le pur mental, O Arunachala !

 

83.    Encore et encore Tu T'unis

avec les petits et les humbles

dont l'effacement va s'approfondissant

- telle est la cause de Ta Grandeur,

O Bien-aimé Arunachala !

 

Bien que Tu ne T'unisses

qu'avec les petits, les doux,

Ta renommée va grandissant.

Comment est-ce possible,

O Arunachala !

 

Comment se fait-il que Tu demeures

pur en dépit de Tes liaisons[63]

avec les femmes, O Arunachala !

 

84.    Dissipant l'obscurité due à l'illusion

avec le collyre de Ta grâce

Tu me plaças sous l'empire de Ta réalité[64],

O Arunachala !

 

85.    Tu tondis ma tête[65] et dansas

Ta Danse

dans le pur Espace[66] -

Quelle merveille,

O Bien-aimé Arunachala !

 

86.    Dissipe l'illusion

et rends-moi folle de Toi.

Comble mon désir,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Tu dissipas la folie

de la mondanité en moi

et me rendis folle de Toi !

Pourquoi n'as-Tu pas encore

satisfait cette folie,

O Arunachala !

 

87.    Si Tu restes telle une pierre,

silencieux et insensible,

ce silence Te sied-il,

O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Est-ce là le vrai silence

que de demeurer sans joie,

silencieux comme une pierre[67],

O Arunachala!

 

88.    Qui m'a privée de mon gagne-pain[68]

en me jetant de la boue

dans la bouche, O Arunachala!

 

89.    Qui, nul autre ne sachant,

me séduisit et prit possession

de mon esprit[69], O Arunachala ?

 

90.    Je Te parle ainsi, n'en sois pas offensé,

parce que Tu es Ramana - mon Bien-aimé -

Viens et réjouis-moi[70], O Arunachala!

 

91.    Viens! Jouissons du bonheur

dans 'Rien d'autre qu'Espace'[71],

la Demeure où il n'y a ni jour

ni nuit, O Arunachala !

 

92.    Me prenant pour cible

et décochant Ta flèche de Grâce

Tu me dévoras tout vivant[72],

O Arunachala!

 

93.    Tu es le Gain !

Alors, qu'as-Tu gagné en me prenant,

moi qui n'ai accumulé nul gain

dans ce monde ni dans l'autre,

O Arunachala!

 

94.    Ne m'as-Tu pas dis: « Viens » ?

Tu dois en subir les conséquences

et répondre à Ton destin[73]

de pourvoir à mes besoins,

O Arunachala !

 

95.    Au moment même où Tu me dis "Viens"

Tu pénétras dans mon cœur

et me donnas Ta Vie[74],

c'est alors que.je perdis la mienne[75].

Telle est Ta grâce, O Arunachala !

 

96.    Accorde-moi que quand la vie

quittera mon corps, je ne T’abandonne pas.

Misérable serait mon destin[76]

si je Te quittais, O Arunachala !

 

 

97.    Hors de ma demeure Tu m'attiras,

pénétras dans le sanctuaire de mon cœur

et me fis découvrir Ta Demeure[77]

en secret, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Hors de ma demeure Tu m'attiras

et dans le sanctuaire de mon cœur

Tu pénétras. Alors, à la dérobée

Tu me révélas Ta demeure, O Arunachala !

 

98.    J'ai ouvertement révélé

Tes gestes secrets, ne m'en

garde pas rancune, mais

garde-moi ouvertement[78]

sous la protection de Ta grâce,

O Arunachala !

 

 

99.    Des Védas accorde-moi l'essence

- L'Un-sans-un-autre - qui

brille dans le Vedanta,

O Arunachala !

 

100.Ne m'abandonne pas !

Considère mes offenses

comme des louanges et

accepte-moi parmi les sujets

de Ton royaume de grâce,

O Arunachala!

 

Alternativement :

 

Pose Tes mains sur ma tête

en bénédiction et, considérant

mes offenses comme des louanges,

accepte-moi comme un sujet

de Ta grâce souveraine,

O Arunachala!

 

101.Telle la glace dans l'eau,

permet qu'en Amour je fonde
en Toi dont la nature est

tout Amour, O Arunachala!

 

102.Dès que j'ai pensé :

'Arunachala' je fus prise
dans le piège de Ta grâce!
Ton filet de grâce peut-il
faillir, O Arunachala!

 

103.Dans le dessein de me capturer

Tu déployas Ton filet de grâce et,

comme le ferait une araignée,

Tu m'emprisonnas

puis me dévoras, O Arunachala !

 

Alternativement :

 

Pensant à Toi

je fus capturée par Ta grâce !

Comme l'araignée le ferait

tu m'enlaças et m'avalas,

O Arunachala!

 

104.Accorde-moi d'être

le serviteur des
serviteurs de Tes amants
qui se réjouissent en
entendant Ton Nom,

O Arunachala!

 

105.Puisses-Tu,

toujours resplendissant de Joie,

protéger les pauvres, les faibles

comme moi-même, afin qu'ils

goûtent la Joie divine,

O Arunachala!

 

106.Prête l’oreille à mes chansons pourtant

si insignifiantes - ces oreilles

mêmes qui sont accoutumées

aux doux chants de Tes adorateurs

dont les os fondent d'amour

pour Toi, O Arunachala!

 

107.Montagne de patience[79],

sois patient, je T'en prie,
envers mes paroles indignes
et considère-les comme
méritoires ou bien fais
comme il Te plairas,

O Arunachala !

 

108.Arunachala Ramana !

Fais-moi la faveur de Ta

guirlande et celle de

porter ma guirlande,

O Arunachala !

 

Arunachala Shiva Arunachala Shiva

Arunachala Shiva Arunachala !

Arunachala Shiva Arunachala Shiva

Arunachala Shiva Arunachala !

 

Gloire à Arunachala !

Gloire a ses adorateurs !

Gloire à cette guirlande de lettres[80] !

 

    

 



[1] Composé par Muruganar, ce prélude résume ce qui est dit plus haut, mais souligne aussi que si la ‘guirlande’ fut composée en vue d’obtenir de la nourriture, son but ultime est de transformer le bhakta en nourriture digne de Shiva.

[2] Shiva loka : ici, la pure conscience, l’Identité absolue avec l’Etre suprême.

[3] Tous les poèmes en tamoul classique sont composés et accompagnés de plusieurs mélodies, le poète est aussi musicien. Quand elle est chantée en groupe, la Guirlande est très rythmée et pleine d’allégresse et quand elle est chantée individuellement le bhakta en fait plutôt une complainte émouvante.

[4] Azhagu (tamoul) et Sundaram (sanskrit) sont les noms de la mère et du père du Maharshi, et signifient ‘beauté’.

[5] Littéralement ‘Je et Toi’.

[6] Aham : cœur, demeure, ou ‘Je’.

[7] Les bhaktas sont souvent soumis à de grandes épreuves. Il peut même sembler, parfois, qu’ils soient abandonnés et leurs tribulations sont souvent l’objet de sarcasmes de la part de ceux pour qui la vie intérieure n’est que signe de faiblesse et de dérangement de l’esprit.

[8] « penser à Arunachala assure la libération » : l’absorption dans le Soi, la perte d’identité individuelle.

[9] Ceux du dehors, les étrangers, des profanes, mentionnés dans la strophe suivante.

[10] Var. : Ceci est Ton secret.

[11] Ramana fait appel à la tendresse d'une mère puis à la protection vigoureuse du roi, qui dans,l'Inde ancienne était considéré comme le serviteur de ses sujets et leur devait protection, justice et bien-être.

[12] Swami Muruganâr dit que cette ignorance est la faute originelle, qui est la racine de la connaissance erronée, et qui est appelée 'le péché originel’.

[13] Swami Muruganâr mentionne que cette strophe est une allusion à l'identification avec un corps, soit masculin, soit féminin, et qu'elle s'applique donc tant aux hommes qu'aux femmes (le sujet principal du poème est une héroïne). Il interprète cette strophe ainsi : « Sauve-moi de ceux qui, bien que se conduisant en amis, sont en fait des ennemis cruels ». Srî Bhagavân fit un jour la remarque que nos amis sont en fait nos ennemis car ils nous flattent tandis que nos ennemis sont des amis, puisqu'ils donnent des coups à notre orgueil.

[14] Les textes font mention du 'fruit dans la main' (hastâmalaka) pour expliquer que la réalité est aussi claire et évidente qu'un fruit dans la main.

[15] Cette strophe est un prélude à la strophe 61.

[16] Dans cette version Ramana semble demander s'il n'avait pas terminé l'ascèse commencé» dans une vie précédente. Dans la troisième version, il demande quelle grande ascèse il avait accomplie dans une vie précédente, pour qu'il soit l'objet à présent de cette grande grâce, la libération, qui n'est pas le fruit d'une seule vie d'efforts. Le « courroux » est le geste du Guru qui met fin à l'ego.

[17] Cette strophe est une allusion à un incident puranique qui raconte comment, au cours de son tapas, Parvathi entendit le rishi Gautamar chanter les louanges d'Arunâchala, ce qui intensifia sa dévotion et lui permit d'obtenir la moitié du corps de Shiva (Ardhanareshwara) : l'union indifférenciée à l'Etre suprême.

 

[18] « C'en fut fini de moi ! »

[19] Bien que le mot employé par le Maharshi soit « chittam », il y a suffisamment d'évidence dans son enseignement pour le traduire ici par « cœur » plutôt que par « mental ». Ajoutons que la lettre « chi » devait ouvrir cette strophe.

[20] Nirvana; mets fin à l'attachement aux cinq gaines.

[21] La grandeur du prestige de rang.

[22] L’Etre Absolu dont la forme est pure conscience.

[23] C'est-à-dire toutes les sciences, astrologie et autres / incluses.

[24] Les siddhis.

[25] Variante: Arrête-moi d'impressionner et de décevoir tout le monde par ma maîtrise des arts ...

[26] Cette dernière version décrit l'angoisse de séparation endurée par l'amante. Le mot meye veut dire 'corps’ (qui n'est pas réel en lui-même) et la réalité ultime.

[27] Ces expressions contradictoires reviennent souvent dans la littérature mystique des shivaïtes.

[28] « ukkame unedu », soit 'Manger du bonheur’ Cette expression quand elle est associée au sommeil profond évoque l'état de turîya, le sommeil éveillé.

[29] Saurya : La force, la puissance du soleil.

[30] L'ignorance, l'illusion.

[31] Le chien retrouve son maître par le sentir. Le Maharshi nous recommande de suivre la piste du sentir 'Je' pour retrouver son Maître.

[32] Jnâna: connaissance, conscience, la véritable nature d'Arunachala.

[33] Strophe de six mots qui se prêtent à de nombreuses interprétations.

[34] Tattva.

[35] Shiva.

[36] Cette strophe se compose de quatre mots.

[37] Var. : tu me connaitras.

[38] Muruganar donna la première version, à laquelle il accordait plus d'importance.

[39] Var. : Avec un cœur dépourvu de courage.

[40] Thiyakkame : Faiblesse, épuisement, illusion, confusion, égarement, désarroi.

[41] Var. : Je perdis tous mes besoins.

[42] K. Swaminathan dit : « Courage et humilité sont les atouts du bhakta. La hardiesse est nécessaire à celui qui suit la voie de la connaissance, un poltron ne peut pas commettre l’ ’egocide' . La hardiesse ne doit pas s'appuyer sur la force de l'ego mais sur celle de la grâce ». Kanakkamal ajoute que celui qui s'engage sur le chemin de la connaissance de Soi sans la compétence et les qualifications requises risque de perdre son équilibre mental et même de subir des troubles physiques.

[43] Cette naissance n'aura aucune valeur. Elle sera gâchée.

[44] Le premier mot de la strophe donne lieu à deux interpré­tations. La seconde version signifie littéralement : "tes bijoux ne peuvent trouver place sur moi" ou bien : «  Je n'ai rien sinon mon désespoir ». Ceci est une allusion à l'état de Parvathi, séparée de Shiva. Dans cette condition de désespoir, dû à la séparation, elle ne pouvait porter aucun bijou.

 

[45] Sthânu  :  Ferme, immuable, montagne, le Soi et pilier. Un des épithètes de Shiva est "Le Pilier", l'axe cosmique. Dans la première version Arunachala est l'unicité immuable dans laquelle il n'y a pas "un autre" à qui s'unir. Dans la seconde version Arunachala révèle à l'amante que cet état d'unicité est toujours présent : « sans aucune honte » signifie "Tu me laissas croire que nous étions différents"…

[46] Nîrru (tamoul), vibhûti (sanskrit) : dont les qualités ont été détruites par le feu, réduites en cendres. Le bhakta désire retenir un peu de son individualité tandis que consumer intégralement son identité est l'aspiration du sâdhaka sur le chemin de la connaissance.

[47] L'espace du Cœur, hridayâkâsha.

[48] La connaissance acquise par l'ego.

[49] Var. : Tu Te révélas Nu, tel que Tu Es, sans nom, forme ou attribut.

[50] Mèye : corps et aussi: vrai, réel, réalité. « Le Guru le regarda - tel le poisson ses œufs; posa sa pensée sur lui - telle la tortue sur ses œufs et passa ses mains sur lui - tel l'oiseau ses ailes sur ses œufs." (Kalvalya Navaneetam 1-15)

 

[51] K. Swaminathan dit : « Bhakti met fin à l’attraction envers les expériences sensorielles; toutefois même l'amour envers Dieu doit être transcendé jusqu'à ce qu'il n'y ait que 'Lui et plus de 'Je'. »

[52] Epithète de Shiva, l’Un-sans -second.

[53] Manname, en sanskrit 'vâsanas' : parfums et par dérivation les tendances du mental. Manname signifie aussi 'mariage'. Cette strophe est un rappel du titre du poème.

[54] Attachements aux biens de ce monde.

[55] Jîva-bodha : la connaissance objective acquise par le mental, le sens d'individualité.

[56] Jnana-bodha : Pure connaissance, pure conscience.

[57] Espace commun (podhu velli) : l'espace (velli) commun pour tout (podhu). Quand le Maharshi emploie cette expression, il désigne cet espace qui est omni pénétrant et où toute chose trouve sa place, sur n'importe quel plan; c'est l'espace de la pure conscience appelé atmakasha, hridayakasha. La seconde version provient d'une séparation différente des mots, qui donne lieu à la Joie

[58] Il y a un jeu de mot sur 'malai' : montagne, confusion, avoir peur, hésiter.

[59] Il n'y a pas d'attachement dans l'état d'unité.

[60] Orgueil, présomption.

[61] Ma soumission n'est pas complète et je me rebelle quand je perds tout contrôle et suis dépassée par les événements qui vont contre ma volonté.

[62] Chit jada granthi : le nœud d'identification entre le corps et la conscience, ou plus exactement de la conscience avec le corps.

[63] K. Swaminathan dit que tous les êtres humains sont 'femmes' devant le Purusha.

[64] Var. : sous l'empire de Ton Etre vrai.

[65] Tu me dépossédas de tout, même de l'accumulation de mes tendances (vasanas).

[66] Vetta velli : Espace infini, pure conscience.

[67] S'abstenir de parler n'est pas le vrai silence.

[68] Qui m'a privée de mon individualité ? Qui a causé ma ruine en me privant des moyens de subsistance et du goût pour les objets des sens ?

[69] Prit possession de mon mental, de mon intelligence, de mes sens.

[70] Var.: Viens me donner le bonheur. Il y a un jeu de mot sur 'Ramana' (le nom du Maharshi) qui signifie ‘Bien-aimé’, ‘époux’, ‘beauté’, celui qui donne le bonheur.

[71] Verru velli : L'espace vide qui est la plénitude de conscience non-duelle.

[72] Var.: Tu me dévoras avec mon prâna. Tu mis fin à mon individualité, à l'ego.

[73] Thalaille vidhi : « ce qui est écrit sur le front », ce qui est inévitable.

[74] Shivabodha ou Jnânabodha : la conscience plénière.

[75] 'la mienne': (ma vie) « jîvabodha », la connaissance ou conscience conditionnée.

[76] Les pensées prédominantes au moment de la mort déterminent la nature de la naissance suivante.

Var.: Misérable serait mon destin si Tu m'abandonnais.

[77] L'état libéré.

[78] Strophes 74 -podhu velli (espace commun), 85 -vetta velli (espace vide), 91 - verru velli (pur espace). Cette strophe révèle, presque secrètement, un cinquième espace— arul velli , l’Espace-Grâce.

[79] Pudhara : une masse supportée par la terre, une montagne; ou ‘Pu dhara’ le support de la terre, la pure conscience qui soutient l'univers. Ramana Maharshi qualifie ce Pudhara ou Pu dhara de Patience.

[80] Var.: Gloire à cette guirlande d'union immuable !

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